
(2014 : compte-rendu personnel d’une réunion où chacun argumentait en boucle et n’écoutait guère les autres.)
Rêves : un groupe dont la cheffe avait préparé un gâteau, tout le monde en avait reçu sa part, il en restait alors elle le mettait de côté, je me levais durant la nuit et je voyais un homme blond du groupe en train de le manger, au matin je me demandais si je devais le dénoncer à la cheffe qui me disait non, elle ne voulait pas qu’on me cible pour des représailles, elle mènerait sa propre enquête; 18e siècle, un homme et son fils masquent leurs différends, le temps de prendre la fuite de la répression en calèche, de temps en temps, un milicien tape à la fenêtre, exigeant papiers, motifs du voyage, argent; puis je suis dans une ville inconnue en attente d’un chèque, tous les jours je dois retirer 38€ au distributeur automatique, la fillette à l’intérieur de la banque finit par me reconnaître et accepter mes salutations, je marche ensuite vers un auditorium avec plusieurs personnes, à plusieurs reprises je tente d’attirer leur attention sur la teinte exquise d’un couchant rose pêche, tout le monde s’en fout; puis un festival de l’écrit dans cette petite ville, on m’a désigné à la présidence, ce qui suscite méchancetés et mesquineries diverses, y compris sur le vert et le jaune choisis pour l’affiche du festival (les mêmes dans lesquels j’avais peint la chambre de bébé de ma fille), je m’apprête à répliquer aux critiques tout en sachant que ça sera inutile.
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La plupart du temps, quand on dit ‘je ne comprends pas’, on le dit avec l’espoir d’obtenir des explications supplémentaires qui nous feront dire “ah oui, je vois”. Mais dans ce qui se passe en ce moment ? Les faits parlent d’eux-mêmes. Il n’y a rien d’autre à en comprendre : le démantèlement de l’Etat est voulu et procède de façon systématique, et ‘je ne comprends pas’ veut tout simplement dire que pareille folie nous paraît incompréhensible. Mais les fossoyeurs, eux, savent parfaitement ce qu’ils sont en train de faire, et pourquoi. Le seul espoir est celui mentionné par le journaliste Gil Duran du Nerd Reich: que leur hubris soit si monstrueux et disproportionné qu’il se retourne contre eux. Mais ce qu’il en sera alors dans les décombres…
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Hier soir, Le Soleil d’Alexandre s’est ouvert de lui-même à la page 528 dans la section Les Derniers, sur le poème de Wilhelm Küchelbecker, Le Sort des Poètes Russes. Ce qu’il a dit en 1845 est très juste et toujours d’actualité partout où des canailles s’en prennent à la beauté et à la liberté. Ces jours-ci, la chasse est ouverte contre tout ce qui fait sens.
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Puis, j’ai dormi, dormi, dormi, et rêvé.
Maintenant, les singeries de ce nouveau jour.
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Dreams: a group, the leader of which had prepared a cake, everyone gets a share, there is some left, the leader sets it aside, I get up in the night and see and blonde man eating it, in the morning, I offer to tell the leader what I saw with my own eyes but she refuses, not wanting me to be designated for reprisals, and she does her investigation on her own; 18th century, a man and his son set aside their differences in order to flee repression in a coach, every once in a while, a militiaman taps on the window, demanding papers, reason for the trip, money; I’m in a town I don’t know, awaiting a check, every day I go to the automatic teller and take out 38€, the little behind the window inside the bank starts to recognize me and accept my head nod of greeting, on the way to an auditorium, I keep trying to attract people’s attention to the gorgeous shade of the sunset, the sky a shade of pinkish peach, but nobody else cares about it; then, I’m designated as president of a writing festival in this little town which sets off a storm of various nastiness and pettiness including over the sahdes of green and yellow chosen for the festival’s poster (the same shades as the one in which I’d painted my daughter’s baby room) and I was about to take the floor to answer the criticism, knowing full well that this would be useless.
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Most of the time, the words “I don’t understand” are spoken with the hope of obtaining more information that will make us say “ah yes, I see now”. But in what is going on at the moment ? The facts speak for themselves. There is nothing else to understand: the dismantling of the State is wilful and proceeding in a systematic way, and “I don’t understand” simply means that such madness strikes us as incomprehensible. But the grave diggers known full well what they are doing, and why. The only hope being the one mentioned by the journalist Gil Duran of the Nerd Reich: that their hubris will prove so monstrous and disproprortionate that it will boomerang back against them. But what will then remain in the rubble…
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Last night, the book Le Soleil d’Alexandre opened on its own to page 528 in the section The Last Ones, on a poem by Wilhelm Küchelbecker, The Fate of Russian Poets. What he says in it is true and, frankly, it applies everywhere where scoundrels attack beauty and freedom. These days, the hunt is open against everything that makes sense.
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Then, I slept, slept, slept, and dreamed.
And now, the monkey business of this new day.