
Rêves : des Américains terrifiés vantaient le gouvernement Trump pendant qu’à l’étranger, on le maudissait; scènes d’archive de vie quotidienne en Russie soviétique et de chansons qu’on y chantait à la gloire de Staline, puis un homme corrige mon hébreu dans une chanson que je chante; une ministre canadienne vient prononcer un discours devant une grande salle silencieuse qui ne l’applaudit pas, elle est accompagnée de son jeune fils qui pleure, debout sur scène avec lui, devant le micro, elle répète constamment “c’est bon , mon homme, c’est bon, mon bébé”; puis Gilbert Bécaud chante Qui a volé l’orange du marchand.
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En illustration, deux livres offerts par l’aimable personne qui a payé ma participation à l’atelier d’écriture, hier, où j’ai travaillé deux scènes dans L’Horloger des Brumes. Deux livres à lire lentement*. En exergue à Nous Vivrons, Joann Sfar écrit : “L’ennemi ce n’est pas le Palestinien ou l’Israélien, ou le musulman ou le juif. L’ennemi, c’est celui qui décide que les enfants ou les civils sont des cibles. On reste assis et on subit les massacres. Les assassins de tous les camps sont des alliés objectifs.”
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Du peu que j’ai lu hier des informations, les Etats-Unis étaient tombés en dictature, alors que l’immensité de la débâcle n’a pas encore pénétré les consciences. Le président auquel la Cour Suprême a reconnu une immunité complète pour ses actes posés à titre de président piétine tout, règles de droit comprises. L’imperium Trump est lancé – ou plutôt, celui de Trump comme figure de proue de la mainmise des oligarques, avec leur homme de main en réserve à titre de vice-président, pour le jour où le vieux va clamser. Fox News se charge des dénonciations, alimenté par Elon Musk qui s’est emparé des données personnelles de tout le monde – publication d’images des juges ayant tenté de bloquer les déportations illégales, avec leur adresse personnelle, le nom des membres de leur famille, la machine à broyer se met en marche, pendant que Trump et Poutine discutent sur le qui que quoi dont où du démembrement de l’Ukraine et que l’Europe vacille. J’absorbe ce que je peux, j’écris ce que je peux pour les humanités (un texte en version française et anglais hier matin, avant l’atelier) et quand c’est trop, je contemple les tulipes et les jacinthes qui se pointent dans le fouillis des herbes sauvages dans le jardin.
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“We Shall Overcome” (Nous Vaincrons) comme dans la chanson des années 70 ? Rien n’est moins certain, puisque “nous” devons re-découvrir ce que “nous” veut dire dans le monde de l’Individu Souverain. “We are not afraid” ? (Nous n’avons pas peur). Rien de moins pertinent. “We Shall Overcome some day” (Nous vaincrons, un jour). Ou pas, ça ne vaut même pas la peine d’y penser. Comme sur le fil, on garde ses yeux sur le point d’arrivée et on n’y pense plus, laissant aux yeux la responsabilité de nous maintenir sur la droite ligne.
Cirque, ce matin. Conversation français avec la Sud-africaine cet après-midi. Ce qui me rappelle un incident bizarre hier alors que j’attendais dehors l’arrivée de la personne me conduisant à l’Artonef. Un jeune noir qui habite sur la rue de côté (je réalise maintenant que c’est probablement lui qui donne des coups violents dans ma porte avant de disparaître), s’approche de moi pour me dire qu’il ne veut plus que je lui dise bonjour. Je réponds que je salue tout le monde, non, vous arrêtez de me dire bonjour, je ne veux pas de vos bonjours, alors je dis “bien, vivez comme cela vous convient”, et il s’en va. La personne qui vient me chercher est prof au collège. Elle me dit avoir eu un autiste dans sa classe une année et qu’il ne pouvait pas supporter qu’on le salue ou qu’on le remarque, ça lui faisait peur, et il se sentait agressée. C’est sans doute une situation comparable, ici.
La vie est bien compliquée.
*Joann Sfar, Nous Vivrons, Enquête sur l’avenir des juifs, Les Arènes BD 2024
*Inna Shevchenko, Une Lettre de l’Est voix plurielle des femmes ukrainiennes, édition des femmes Antoinette Fouque, 2025
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Dreams: Terrified Americans were praising the Trump government while it was being cursed abroad; archival scene of daily life in Soviet Russia and of the songs people sang glorifying Stalin, then a man is correcting my Hebrew in a song I sing; a Canadian minister comes to deliver a speech in front of a large hall where everyone is silent and no one applauds her, she is with her young son who is crying, up on stage with him, in front of the mike, she keeps repeating “It’s OK, my man, it’s OK, my baby”; then Gilbert Bécaus sings Qui a volé l’orange du marchand (Who stole the merchant’s orange.)
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As illustration, two books offered by the kind person who paid for my attendance at the writing workshop, yesterday, where I worked on two scenes in L’Horloger des Brumes. Two books that call for slow reading. As an epigraph in Nous Vivrons (We Shall Live), Joann Sfar writes : “The enemy isn’t the Palestinian or the Israeli, or the muslim or the jew. The enemy is the one who decides that children or civilians are targets. We sit and suffer the massacres. The assassins on all sides are objective allies.”
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Of the bit of news I read yesterday, the United States has fallen into dictatorship, while the hugeness of the debacle has not yet entered the consciousness. The president to whom the Supreme Court has recognized total immunity for actions performed as president is trampling over everything, including the rule of law. The Trump imperium is launched – or rather, that of Trump as figurehead to the takeover by the oligarchs, with their henchman on reserve in the person of the vice-president, for the day when the old man will croak. Fox News handles the denunciations, fed by Elon Musk who has grabbed everyone’s personal data – images of the judges who attempted to block illegal expulsions show up on the screen along with their personal address, the names of their family members, the crushing machine is starting up, while Trump and Poutine discuss the who what when where and how of Ukraine’s dismantling, and Europe wavers. I absorb what I can, write what I can for les humanités (an article in French and English versions yesterday morning, prior to the workshop) and when it’s all too much, I contemplate the tulips and hyacinths poking up through the tangle of wild greenery in the garden.
“We Shall Overcome” like in the song of the 70’s ? Nothing would be less certain, since “we” have to recover a sense of what “we” means in the world of the Sovereign Individual. “We are not afraid” ? Nothing could be more irrelevant. “We Shall Overcome some day“. Or not, it isn’t even worth thinking about. Like on the tightrope, you keep your eyes on where you want to land and don’t think any further about it, the eyes being responsible for keeping you on the straight line.
Circus this morning. French conversation with the South African this afternoon. Which reminds me of the odd occurrence yesterday as I was waiting outside for my lift to Artonef. A young black man who lives on the side street (I realize now he’s probablyy the person who has been banging hard on my front door, then scurrying out of sight, approches me to tell me he doesn’t want me saying hello to him, ever again. I answer I say hello to everyone, no, you stop saying hello to me, I don’t want your hellos, so I say “fine, have it your way”, and he leaves. The person who picks me up is a college professor, I tell her about the incident and she says she once had an autistic person in one of her classes who couldn’t stand and form of personal acknowledgment, it frightened him and he received it as a form of agression. So I guess that’s the situation here.
Life is really complicated.