10 février 2025

Rêve : une voix dit (en anglais) : “He called on the phone so that they might hear him reminding me of our appointment, his way of telling me to get out of harm’s way, and they came while I was out, pulling up in a huge truck, and they emptied everything of value or not, literally gutting the place.” (Il m’a appelée au téléphone pour qu’ils l’entendent me rappeler notre rendez-vous, sa manière de m’avertir de me mettre à l’abri du mal, et ils sont venus pendant que j’étais sortie, arrivant dans un camion énorme, et ils ont vidé les lieux de tout, que ça soit de valeur ou pas, démolissant carrément l’endroit.)

Et bonjour le jour dans lequel c’est le mot glee qui m’accueille, glee dans le sens de cette sorte de jubilation mauvaise qu’on voit briller dans les yeux d’un Elon Musk, la même que celle qui procure ce sentiment de puissance qui semble animer tous les épanchements de haine. À la droite de l’illustration ci-haut, il y a ce qui est pour moi une représentation d’un bès, pluriel bessy en russe. Mot qu’on traduit par démons en français. Dans le Dictionnaire amoureux de Pouchkine, parlant du poème Les démons, André Markowicz écrit : “Ces êtres-là ne se contentent pas de vous égarer. Ils s’insinuent en vous, vous rongent, de l’intérieur, ils vous possèdent parce qu’ils sont eux-mêmes possédés par leur souffrance propre. C’est de leur souffrance que vous devenez fou.”

Si vous l’autorisez à vous posséder à son tour.

Parce que, de toute évidence, il y a une véritable jubilation mauvaise qui anime celle ou celui qui permet à sa souffrance de le posséder au point d’obnubiler tout autre sentiment que celui de vouloir l’infliger aux autres. Comme si, en infligeant souffrance et destruction sur les autres, il ou elle se forgeait une carapace, un sentiment de puissance ressemblant à une identité. “Je Suis Kekkius Maximus, je règne sur une armée de bessy, Je Suis, Je Suis, Je Suis...” en vous niant votre propre droit d’être qui vous êtes, ce que vous êtes, sans besoin d’une armure complète de robocop, avec vos qualités et vos défauts, humain, quoi, ni plus, ni moins.

Ce mal né de…on peut s’égarer longtemps dans les suppositions, hypothèses, psychologismes. On lui donne des noms qui changent au cours des siècles, mais cette joie mauvaise qu’apporte la destruction de l’autre, elle, elle ne change pas. On a qu’à observer le regard de cet homme-là après qu’il ait “commis” son premier salut nazi – la jouissance du “tiens! prend ça ! et ça !” encore et encore. La joie de lâcher tous ses bessy munis de clés usb pour démanteler le système informatique au coeur de l’état fédéral américain. La joie de faire le mal, toute simple, toute bête. De le faire, de s’en arroger le droit, et d’en inoculer l’envie aux autres de donner libre cours à leurs propres laideurs.

Hier ou avant-hier sur facebook, rappelant l’histoire de sa famille, et des autres, détruites pour le “crime” de judéité, Michel Strulovici terminait sur un cri du coeur : après toutes ces souffrances abjectes, “comment se débarrasser de la haine ?” Vraiment, je ne le sais pas, je ne sais qu’une chose, c’est que la haine exerce un pouvoir magnétique; elle a des racines en chacun de nous et ne demande qu’à grandir jusqu’à nous posséder. Après, dans les ruines, on s’éveille, hébété. “Il y avait un jardin qu’on appelait la terre…”

Mais il est trop tard.

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Je venais tout juste de mettre ceci en ligne lorsque j’ai lu la plus récente itération de ma fille, assistée par IA lui confirmant que sa mère est une narcissiste, prédatrice et destructrice de son identité. Je me suis désabonnée parce que, de toute évidence, la personne qui m’a rendue visite cet été est à nouveau dévorée par ses propres démons. J’en suis désolée pour elle, et je refuse de retourner dans cet enfer de mon plein gré.

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Sur ma table de travail : je feuillette La Plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg, avec dessins de Michel Hazanavicius* et le dessin de l’oiseau en tête de chacun des chapitres.

*Jean-Claude Grumberg, avec dessins de Michel Hazanavicius, La Plus Précieuse des Marchandises, La Librairie du XXIe siècle, Seuil, 2024

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Dream : a voice says (in English): “He called on the phone so that they might hear him reminding me of our appointment, his way of telling me to get out of harm’s way, and they came while I was out, pulling up in a huge truck, and they emptied everything of value or not, literally gutting the place.”

And top of the morning to the day in which the word glee greets me, glee in the sense of a kind of nastiness you can see shining in the eyes of an Elon Musk, the very same that provides that powerful feeling experienced in every outpouring of hatred. At the right-hand edge of the illustration above, there is what represents for me a bes, plural bessy in Russian. A word we translate in English as Devils or Demons. Speaking of them under the entry for Pushkin’s poem The Devils in his Dictionnaire amoureux de Pouchkine, André Markowicz writes : “Those beings are not content to lead you astray. They work their way into you, they gnaw at you from your innards, they possess you because they are possesed themselves by their own suffering. You are driven mad by their suffering.”

If you allow it to take hold of you.

Because, obviously, there is a real joy in the nastiness animating those who allow their suffering to possess them to the point of erasing all other feeling than that of wanting to inflict it on others. As if, by inflicting suffering and destruction on others, he or she built up a shell, a feeling of power resembling an identity. “I am Keekius Maximus, I reign over an army of bessy. I Am, I Am, I Am…” while denying you your own right to be who you are, what you are, with no need for a robocop’s full body armor. With your good points and bad, just a human, no more, no less.

This ill born from…one can wander a long time through suppositions, hypothese, psychologisms. It has had varying names throughout the centuries, but that gleeful pleasure that the destruction of the other provides does not change. One only has to observe the look of that man after he’s “committed” his nazi salute – the pleasure of the “Here! Take that! and that!” over and over again. The glee in unleashing all his bessy equipped with their memory sticks to dismantle the digital system at the heart of the American fédéral State. The joy of committing evil, plain and simple. Of committing it, of giving himself the right to do it, and of inoculating the desire in others to let loose with their own ugliness.

Yesterday or the day before on facebook, recalling his family story, and that of others destroyed for their “crime” of being jewish, Michel Strulovici ended on a heart felt cry: after all that abject suffering “how can you rid yourself of hatred?” Truly, I don’t know, I only know one thing, which is that hatred possesses a magnetic power; it has roots in every one of us and only seeks to grow to the point of taking hold of us entirely. Afterward, in the ruins of everyone and everything you loved, you wake up in a daze. “There used to be a garden we called the earth…”

But it’s too late.

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On my work table, I leaf through Jean-Claude Grumberg’s La Plus Précieuse des Marchandises (The Most Precious of Merchandises) with drawings by Michel Hazanavicius, including that of a bird as every chapter heading.

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I had just put this online when I read my daughter’s latest iteration, assisted by AI, confirming her in her opinion that her mother is a narcissistic predator and destructor of identity. I have unsuscribed because, clearly, the person who came visiting this summer is again being devoured by her own demons. I’m terribly sorry for her, and refuse to go back into that hell of my own volition.

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