27 décembre 2024

Rêves: À 4 heures du matin, je me réveille d’un rêve sur des démolisseurs aux allures de Clint Eastwood qui s’installent en maîtres dans les rêves des gens et je pense aussitôt à deux choses: aux chasseurs de rêves dans Le Dictionnaire Khazar de Milorad Pavic, et à la quantité inimaginable de données et méta-données qu’accumulent les moteurs de recherche pour être ensuite revendues à des acheteurs qui en font ce que bon leur semble. La différence étant énorme entre les deux, les moteurs étant dépourvus de toute forme d’affects alors que, si je lis ce qu’en dit un vieux chasseur de rêves dans Pavic : “ Dans un rêve , nous nous sentons comme un poisson dans l’eau. De temps en temps nous en émergeons, jetons un coup d’oeil sur le rivage du monde, puis nous replongeons vite et avidement car nous nous sentons bien que dans les profondeurs. Pendant ces courtes sorties, nous apercevons un être bizarre, plus lent que nous, qui respire d’une façon différente de la nôtre, collé de tout son poids à la terre et privé de la volupté où nous vivons comme dans notre propre corps. Car ici-bas, la volupté et le corps son inséparables, ils ne font qu’un. Cet être, dehors, c’est aussi nous, mais dans un million d’années et, outre ces années, il y a entre nous et lui ce terrible malheur dont il a été frappé pour avoir séparé le corps et la volupté…” Chose absolument certaine, les moteurs de recherche ne ressentent aucune volupté et quant aux affects des acheteurs des données et méta-données, le seul affect qui les caractérise tous, c’est la cupidité.

Bref, sur ces pensées, je me suis rendormie et j’ai rêvé que je pratiquais diverses manières de m’évader par la fenêtre, la première, la plus risquée, consistait à sauter vers une plate-forme extérieure en mouvement, j’optais plutôt pour la seconde consistant à me suspendre au rebord de la fenêtre pour atteindre un autre rebord avec les pieds, et ainsi de suite jusqu’à pouvoir sauter d’une hauteur raisonnable.

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Réveil dans la brume, avec plein de pensées au sujet du chat de l’Horloger, sur le comment et le pourquoi de son nom, Shrödinger l’Immortel (l’Horloger ne sait plus ni prononcer ni ce que veut dire le mot Shrödinger, qu’il prononce Shoding.)

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Priorité ce matin dans le monde éveillé à la traduction de la plus récente chronique de l’historienne américaine Heather Cox Richardson sur le “décodage” des communications de Trump en s’inspirant du monde de la pseudo lutte professionnelle et son commentaire selon lequel “elles sont en écho au monde identifié par l’historienne and philosophe américano-allemande Hannah Arendt dans Les Origines du Totalitarisme publié en 1951. “Le sujet idéal d’un pouvoir totalitaire n’est pas le Nazi our le Communiste convaincu,” a-t-elle écrit, “mais les gens pour qui la distinction entre les faits et la fiction…et la distinction entre le vrai et le faux n’existent plus.”

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Post-scriptum : donc, je mets en ligne sur la page Maria Damcheva de facebook la traduction et l’article original de Heather Cox Richardson. Intervention immédiate de l’algorithme, supprimant la publication au motif que je tenterais d’obtenir des likes de façon frauduleuse. Je conteste, évidemment, et en attendant le bon ou le mauvais vouloir du censeur automatique, je republie l’article de Richardson, sans traduction. Le jour se rapproche de plus en plus où il ne sera plus possible de publier autre chose que ce que des inconnus détermineront comme “acceptables”, avec des algorithmes éliminant systématiquement ce qui ne correspond pas aux opinions personnelles du propriétaire du site.

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Dreams: At 4 AM, I woke up from a dream on demolishers who looked like Clint Eastwood installing themselves in people’s dreams and through immediately of two things on opening my eyes: the dream hunters in Milorad Pavic’s Khazar Dictionary and to the unimaingable quantité of data and meta-data research engines accumulate that are then sold to buyers who do whatever they so choose to do with them. The difference being enormous between the two, the research engines being devoid of any form of affect, whereas if Iread what an old dream hunter has to say in Pavic : “In a dream, we feel like a fish in water . From time to time, we emerge, throw an eye on the shores of the world, then we dive deeply and avidly because we only feel comfortable in the depths. During those brief forays, we see an odd being, much slower than we are and who breathes differently from the way we do, glued to the earth by his own weight and deprived of voluptuousness in which we live as if in our own body. Here, voluptuousness and body are inseparable, they are one. That being, outside, is us also, but in a million years and, besides those years, an awful misfortune has struck between us and him whose body has been cleaved from voluptuousness…” One thing is absolutely certain, the research engines do not experience any voluptuousness and as for the affects of the buyers of those data and meta-data, the only affect characterizing them all is greed.

In short, on these thoughts, I went back to sleep and dreamt that I was practicing various ways of escaping through the window, the first being the riskiest, consisting of jumping toward a moving platform, I opted instead for the second which involved suspending myself to the window ledge in order to reach another window ledge with my feet, and so on, until I could jump from a reasonable height.

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Wake up in the fog with many thoughts about the Time Keeper’s cat, on the whys and wherefores of his name, Shrödinger the Immortal (the Timekeeper has no idea how to pronounce Shrödinger and calls the cat Shoding).

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Priority this morning in the awake world to the translation of American historian Heather Cox Richardson’s column ‘decoding’ Trump’s communications inspired by the world of fake professional wrestling, and her comment that “they echo he world identified by German-American historian and philosopher Hannah Arendt in her 1951 The Origins of Totalitarianism. “The ideal subject of totalitarian rule is not the convinced Nazi or the convinced Communist,” she wrote, “but people for whom the distinction between fact and fiction…and the distinction between true and false no longer exist.”

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PS : so I publish on the Maria Damcheva facebookk page the translation and Heather Cox Richardson’s original column. Immediate intervention of the algorithm suppressing the publication as “an attempt to obtain likes in a fraudulent manner”. I contest this of course, and while awaiting the good or bad will of the automatic censor, I republish Richardson’s article, minus the translation. The day is fast approaching when it will no longer be possible to publish anything other than what unknowns will have determined to be “acceptable”, with algorithms systematically eliminating whatever does not agree with the site owner’s personal views.

3 comments

  1. un petit “t” manque à l’avant-avant dernière ligne du 1er paragraphe, et les moteurs de recherches deviennent des moeurs de recherches 😉 ce qui n’est pas si faux, et peut-être même légèrement prémonitoire, rapporté à la dernière phrase de votre post-scriptum…
    ps : Stevenson avait déjà (Essai sur l’art de la fiction) quelques phrases bien senties sur la perversion du langage par l’indifférence entre vrai et faux (hou, que cette phrase est mal fichue et laide !)

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      • 🙂
        de mémoire, Stevenson dit que la presse, à force de tordre les faits divers dans le sens qui convient à la ligne directrice du journal, habitue les lecteurs à prendre comme équivalents tous les sons de cloches.
        Mais bon, ce cher Robert-Louis estimait que la vérité est une chose importante, voire essentielle… il aurait eu du mal à faire carrière de nos jours !

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