28 novembre 2024

Affiche du spectacle Ici sont les dragons à la Cartoucherie

Rêves: pendant que j’ai l’impression de m’arracher la gorge à chaque quinte de toux, j’entre et je sors du sommeil comme d’une pièce à la porte mal fermée, je ne sais plus ce qui est rêve ou monde éveillé des conversations que j’entends; puis, je suis devant un bureau, je dois y composer un court texte à soumettre lors de l’examen final de français en après-midi, le dernier examen avant l’obtention de mon diplôme, je suis à court de papier et je fais le tour de toutes les photocopieuses dans le bureau mais elles sont toutes chargées de grandes feuilles format journal alors qu’il ne me faut que trois ou quatre feuilles de format A-4, comme je l’explique à deux hommes près d’une des photocopieuses, mais ils s’en fichent complètement, occupés qu’ils sont à parler de leurs écrits, je trouve quand même quelques feuilles mais, de retour à mon bureau, le temps a passé et je me demande s’il est si important que ça d’aller passer cet examen – un diplôme, pour en faire quoi ? – et je me mets à dessiner quelque chose en noir et blanc – un carré tout noir entouré de traits verticaux.

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M’habiller. Sortir. Me rendre à la pharmacie pour du sirop. Tenter de garder les yeux ouverts plus longtemps aujourd’hui qu’hier. Il faut parfois se contenter d’ambitions modestes. Pendant que les personnages qui se tracent des sentiers, sans que je sache vraiment où ils vont aboutir.

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En 2004, en arrivant en France, une des lumières qui m’illuminait les yeux, c’était la pensée que je pourrais me rendre à La Cartoucherie et assister à un spectacle mis en scène par Ariane Mnouchkine. Vingt ans plus tard, ce rêve ne s’est pas encore réalisé, et ne se réalisera peut-être jamais. Mais André Markowicz y était, lui, hier soir, au spectacle Ici sont les Dragons et publie une image de l’affiche du spectacle. Que je me permets de reprendre ici, parce qu’elle est belle, parce qu’elle est à l’image de tout ce qui m’importe, et parce qu’il termine son texte par les mots suivants : “Nous sommes, pour reprendre ce que disait Mandelstam à propos d’Akhmatova, les contemporains d’Ariane Mnouchkine. Ça fait du bien.” Au moment où “tout nous ramène vers le mesquin, le faux nous-mêmes, la vacuité satisfaite de l’intime.”

Rien d’autre à rajouter.

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Dream: while having the feeling of ripping my throat out with each bout of coughing, I slip in and out of sleep as from a room with the door not closed well, I don’t know what is dream or awake world of the conversations I’m hearing; then, I am in front of a desk where I must write a short text to be submitted at the final French exam in the afternoon, the last exam required before obtaining my diploma, I’m short of paper and I make the round of all the photocopiers in the office but they are all loaded with large sheet of paper for a newspaper format whereas all I need are three or four letter-sized ones as I explain to two men near one of the photocopiers, but they couldn’t care less, busy as they are talking about their own writing, I find a few sheets anyway but, back at my desk, time has gone by and I ask myself if it’s really so important to go pass this exam – a diploma, what for ? – and I start a drawing in black and white – a pitch-black square surrounded by vertical strokes.

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Getting dressed. Stepping out. Going to the pharmacy for cough syrup. Trying to keep my eyes open for a longer period today than I did yesterday. Sometimes, you have to be satisfied by modest ambitions. While the characters make their tracks without my really knowing where they will end up.

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Arriving in France in 2004, one of the lights shining in my eyes came from the though that I would go to La Cartoucherie et see a play put on by Ariane Mnouchkine. Twenty years later, this dream has not come true, and probably never will. But André Markowicz was there, last night, at the play Hic nunc dracones (Here be Dragons) and publishes an image of the play’s poster. Which I’m permitting myself to copy here because it is beautiful, because it is about everything that matters, and because he closes his text on the following words: “We are, to pick up on what Mandelstam said about Akhmatova, Ariane Mnouchkine’s contemporaries. It is good to know.” At a time when “everything drags us down to the shabby, the false self-identity, the satisfied emptiness of the intimate.”

Nothing else to add.

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