
Fouillis total des rêves de cette nuit, à l’image de ces lectures d’hier, dans toutes les directions. Elles mêmes à l’image de ce qui se produit lorsque je termine (ou que je crois avoir terminé) l’écriture de quelque chose et que la pensée cherche à se fixer sur un “autre chose” encore diffus.
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Puis, le discours immonde de Poutine. Je ne veux même pas le commenter ici. Il est à l’image même du personnage enfoncé dans sa mégalomanie. Tout ce qu’il y a à en comprendre, c’est que la course vers les bas-fond va s’accélérer.
Je ressors De Vie à Vie (Marina Tsvétaïéva, Maximilian Volochine).* Je crois qu’il me sera meilleur compagnon que la plupart des livres en pile à côté de mon lit et dans lesquels je ne trouve pas l’image ou les mots autour desquels prendre l’élan requis pour écrire. L’image ou les mots du début, en somme, à partir desquels les autres s’organisent.
*Marina Tsvétaïéva, Maximilian Volochine, De Vie à Vie, traduction d’André Markowicz, Les Éditions Mesures, 2023
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Un peu plus tard : oui, au fond, j’ai peut-être déjà trouvé avec ce “laisser la réalité l’envahir pour faire naître la fiction” dans cette lettre de Wajdi Mouawad.
Un souvenir, au moment des “événements d’octobre” en 1970 :
Quatre heures du matin. Les arrestations ont déjà commencé. Dans la lumière glauque des réverbères, elle voit passer les camions. Ils semblent tous chargés de bouteilles de gaz. À quoi correspond cette invasion de cylindres alignés…
La file de camions ralentit. Elle comprend alors ce qu’elle voit, comme si la pellicule photographique se développait dans le bain d’acide : les cylindres sont des casques en métal. Sous les casques : les soldats, entrant sur la ville, la Loi sur les Mesures de Guerre ayant été déclarée.
Quatre heures du matin. L’enfant dort. Le convoi se remet en marche. Dix, douze, quatorze camions chargés de soldats empruntent cette petite rue pour occuper l’Est de la ville. Ce qu’elle ressent a un nom, certainement. Elle ne le connaît pas. Tout a un nom. Elle va donc l’apprendre, celui-là aussi.
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Total mess of the dreams last night, in the image of the reading in all directions yesterday. Those readings reflecting what happens when I finish (or think I’ve finished) writing something and the mind wanders in search of something else that’s still fuzzy.
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Followed by Putin’s vile speech. I don’t even want to comment it here. It is in the very image of the man sunk into his megalomania. All there needs to be understood from it is that the race to the bottom is about to accelerate.
I pull out De Vie à Vie (Marina Tsvétaïéva, Maximilian Volochine).* I think it will serve as a better companion that most of the books piled up next to my bed and in which I don’t find the image or the words around which to gather the momentum required for writing. In short, that image or those words of the beginning around which the others organize themselves.
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A bit later: yes, in fact, I may have found already with that “letting reality fill you to give birth to fiction” in Wajdi Mouawad’s letters.
A memory, at the time of the “October Events” in 1970 :
Four o’clock in the morning. The arrests have begun already. In the murky light from the street lamps, she sees trucks going by. They all look as if they were loaded with bottles of butane. What does his invasion of aligned cylinders mean... …
The line of trucks slows down. She then understands what she is seeing, like the photographic film develops in the acid bath: the cylinders are metal helmets. Under the helmets : soldiers, entering the town, the War Measures Act having been proclaimed.
Four AM. The child sleeps. The convoy starts up again. Ten, twelve, fourtenne trucks filled with soldiers are using this small street to occupy the Eastern part of the town. What she’s experiencing has a name, of course. She doesn’t know it. Everything has a name. So she will learn that one also.