
Rêve très long et compliqué; ce qui m’importe le plus, c’est qu’il y est question de la vente d’une maison en pierre abandonnée au milieu d’un espace sauvage, maison qui apparaît souvent dans mes rêves dans lesquelles je considère qu’elle m’appartient.
Au réveil, une phrase tirée d’une lettre que Wajdi Mouawad adressait à Randa Chahal, une Libanaise ayant réalisé deux longs métrages et plusieurs documentaires, dont un, consacré à la guerre civile au Liban. Lettre dans laquelle il est question de “laisser la réalité (l)envahir pour faire naître la fiction.” (Citée dans la postface de Charlotte Farcet à Incendies, la deuxième pièce dans le cycle Le Sang des promesses.) Phrase qui me paraît très juste; en tout cas, elle agit sur certains souvenirs d’enfance , en voie de transformation.
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Ma soeur me signale que celui que j’appelais Billy House (mot anglais pour maison) s’appelait en fait Billy Haus (mot allemand pour la même chose) et venait d’une famille allemande récemment arrivée au Québec; nous étions en 1950 ou 1951 et, à trois maisons de la nôtre, de l’autre côté, habitait une famille polonaise, chez qui je mangeai des kluksi – boulettes aux pommes de terre – suite à une inondation. À ma question concernant la chasse aux rats, elle me rappelle aussi les lattes de bois truffées de clous avec lesquelles les hommes les tuaient; moi, je me souvenais des pelles, des couinements, et de l’odeur.
Et, apparemment, Billy avait bel et bien foutu le feu à la maison mais c’est lui, et non pas sa grand-mère, qu’on retira des flammes; il fut transféré à un service institutionnel pour enfants difficiles, ce que moi j’avais compris comme un transfert vers une prison pour juvéniles (c’était peut-être la même chose). Je me rends compte maintenant qu’il m’avait inspiré le personnage de Snakey dans The Crabwalker, un personnage aussi excessif que ceux dans l’oeuvre de Wajdi Mouawad. Vers quoi tendront ces évocations, cette fois-ci, je ne sais pas.
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Curieusement, bien que l’oeuvre de Mouawad ne soit pas parmi mes préférées, la relecture d‘Incendies m’a inspiré ma toute première bouffée de nostalgie en vingt ans, non pas pour Montréal au complet, mais tout particulièrement pour les librairies et les bouquineries sur la rue St-Denis – derniers endroits que j’ai visités avant de quitter le pays en 2004.
*Wajdi Mouawad, Incendies, Leméac 2009
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A very long and complicated dream; what matters the most being the talk of the owner selling an abandoned stone house in the middle of a wild space, a house that often shows up in my dreams where I consider it as belonging to me.
Upon waking, a sentence from a letter Wajdi Mouawad wrote to Randa Chahal, a Lebanese who produced two full-length films and several documentaries, including one dealing with the Lebanese civil war. A letter in which there is mention of “letting reality overwhelm you in order to create fiction”. (Quoted in a postface by Charlotte Farcet to Incendies (Fires), the second play in the cycle Le Sang des promesses, The Blood of Promises.) A sentence I find most apt; at least, as it works on some childhood memories, in a process of transformation.
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My sister tells me that the one I called Billy House was in fact one Billy Haus (German word for house) and was from a German family recently arrived in Québec; we were then in 1950 or 1951 and, three other houses from ours, on the other side, there lived a Polish family where I ate kluksi – potato dumplings – after a flood. To my question about the rat hunt, she also reminded me of the wooden slats with nails the men used to kill them; I remember the shovels, the squeaks and the smell.
And, apparently, Billy truly did set the house on fire but he was the one pulled out of the blaze, not his grandmother; he was transferred to an institutional service for problem kids, what I understood to be a jail for juveniles (it was maybe the same thing). I now realize he inspired the character of Snakey in The Crabwalker, a character as excessive as those in Wajdi Mouawad’s work. What those evocations will tend toward, this time, I don’t know.
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Oddly enough, although Mouawad’s work is not among my favorites, re-reading Incendies provided me with my very first surge of nostalgia ever in twenty years, not for Montreal as a whole, but very specifically for the book stores and second hand book shops on St-Denis Street – the last places I visited prior to leaving the country in 2004.