8 janvier 2024

Au réveil, le rêve avec le gamin est encore très présent; mais il semble me “demander” de ne pas le dénaturer avec des mots du monde réveillé. Quelque chose à voir avec le personnage Karim dans le récit, je crois. Peut-être que les mots du monde du récit lui conviendront mieux.

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Hier sur facebook, entre les 36 000 pubs plus insignifiantes les unes que les autres, quelqu’un a publié une vue aérienne de la ville de Mariopoul, rasée. Sur des kilomètres et des kilomètres, rien que le gris des cendres et des ruines.

Le 24 février 2022, alors que l’invasion russe débutait et n’avait pas encore touché cette ville, une jeune femme écrivait un message sur les réseaux sociaux. Elle travaillait dans un centre culturel pour enfants; elle n’avait aucune intention de partir, au besoin, écrivait-elle, elle s’installerait directement au centre pour y distraire les enfants. Je n’ai jamais vu un seul autre message émanant d’elle. Je pense souvent à cette inconnue.

Silence radio aussi de l’une des Ukrainiennes ici à qui j’ai donné quelques cours de français.

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Ce matin sur facebook, André Markowicz publie sa traduction de l’un des poèmes de Tu Fu – ses Pensées en voyageant la nuit. Dans ma copie d’Ombres de Chine, le poème de Tu Fu que j’ai entouré s’intitule Pensant à mes frères une nuit de clair de lune. Toujours, l’essentiel est dans le non-dit suggéré par les mots, de la même façon qu’en musique, les notes enveloppent le silence.

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Pour ce qui est du personnage de Karim dans Là où les enfants s’amusent, tout comme le personnage de Moïra, il est tiré de la longue nouvelle Une Poule avertie en vaut deux qui sert d’espèce de “source préalable”, les personnages ayant bien évolué depuis les premières, secondes et autres ré-écritures. Comme toujours, c’est le processus lui-même qui m’intéresse vraiment lorsque j’écris – trouver la façon la plus juste de rendre un moment ou un échange. Et comme tout est constamment en mouvement, “le plus juste” bouge, lui aussi.

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Upon waking, the dream with the kid is still very vivid; but it seems to be “asking” that I not distort it with words from the awake world. Something to do with the Karim character in the story, I think. Perhaps words from the world of story will suit it better.

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Yesterday amid the 36 000 insignificant ads for insignificant things, someone had published an aerial photograph of the town of Mariopol, razed. For kilometers at a stretch, nothing left other than the grey of cinders and ruins.

On February 24 2022 as the Russian invasion was beginning but had not yet reached this town, a young woman sent a message via social networks. She worked in a cultural center for children; she had no intention of leaving, if necessary, she wrote, she would settle directly at the center in order to provide the children with distractions. I never saw a single other message from her. I often think of this unknown one.

Radio silence also from one of the Ukrainians over here, to whom I gave a few lessons in the French language.

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This morning on facebook, André Markowicz published his translation of one of the poems by Tu Fu – his Thoughts while travelling at night. In my copy of Ombres de Chine (Shadows of China), the poem by Tu Fu I’ve circled is titled Thinking of my brothers by a moonlit night. Always, the essentials are in the unsaid suggested by the words, in the same way as in music, the notes enclose the silence.

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As for the Karim character in Where the Children Play, just like the Moira character, he is from a novella, Once Bitten Twice Shy that serves as a kind of “preliminary source”, the characters having much evolved since the first, second and other re-writings. As always when writing, it’s the process in itself that interests me – finding the best way to capture a moment or an exchange. And since everything is in constant movement, “the best” also changes. 

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