
Donc, au détour d’une publication entre deux pubs sur facebook, le poète Philippe Jaccottet raconte qu’Ossip Mandelstam se serait promené dans les camps du goulag à réciter du Pétrarque, tirant l’eau des yeux des autres prisonniers du goulag.
Tout d’abord, leur tirer l’eau des yeux eut été fort dommageable pour eux, vu les extrêmes de température en Sibérie – autant leur congeler le crystallin direct. Ensuite, pour se “promener” à travers les camps en récitant du Pétrarque, encore eut-il fallu qu’il soit toujours vivant et suffisamment vaillant pour pouvoir se “promener” comme, je ne sais pas moi au Parc Montsouris, peut-être. Mais un Parc Montsouris sibérien où les gardiens auraient laissé loisir aux prisonniers de se “promener” en récitant des vers, qu’ils soient de Pétrarque, ou d’autres.
Je ne sais pas où Jaccottet a puisé cette sornette. Chose certaine, je n’ai aucune envie de découvrir la poésie de Jaccottet.
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De l’art et de la pratique de la trahison : je ne vois pas comment décrire la chose autrement. Trahison à la fois laide et horriblement prévisible. Celle des Etats-Unis envers le “grand ami” d’Ukraine. Trahison qui se prépare de façon systématique, comme en faisait état un article de Politico, hier. Trahison présentée sous le nom de “réalisme”, bien sûr – sacrifier 20% du territoire nationale à l’envahisseur pour conclure une “paix” sous forme de reddition temporaire.
J’aimerais pouvoir dire que ça me choque. Mais je ressens surtout un dégoût profond devant la familiarité de la chose qui fait de la trahison l’ordinaire de la politique, et des plus pourris, les gagnants assurés.
Le respect des engagements. Une fois, comme ça, de façon exceptionnelle, juste pour se reconnaître le courage de la loyauté face à un affaissement généralisé devant la corruption. Ça serait bien.
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Je lis La Ballade du Tigre Blanc de Li Ho.*
“…Quel est celui qui a souffert le plus
quel est celui qui a souffert le plus ?
Depuis toujours les justes font le voeu
de s’apporter entraide dans l’épreuve.”
*André Markowicz, Ombres de Chine, inculte/dernière image, 2018
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So, between two ads on facebook, the poet Philippe Jaccottet claims that Osip Mandelstam was known to wander about in the gulag, reciting poems by Petrarch and drawing tears from the eyes of other prisoners.
First of all, drawing water from their eyes would have been terribly damaging for them, given the extreme temperatures in Siberia – he might as well have frozen their lenses straight off. Then, as for “wandering” about in the camps reciting Petrarch, this would have required that he still be alive and sufficiently healthy to be able to “wander” as in, I don’t know, Montsouris Park in Paris. But a Montsouris in Siberia where the guards would have allowed the prisoners to “wander” about, reciting poetry, be it by Petrarch or anyone else.
I have no idea where Jaccottet found this nonsense. One thing is certain, I have no desire to discover Jaccottet’s poetry.
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Of the art and practice of treason: I don’t see any other way of describing it. A treason both ugly and horribly predictable. That of the United States towards its “great friend” of Ukraine. Treason in the works in a systematic way, as described in a Politico article yesterday. Treason under the guise of “realism”, or course – sacrificing 20% of the national territory to the invader in order to reach a “peace” in the shape of a temporary reddition.
I wish I could find this shocking but, mostly, I experience deep disgust over the familiarity of it all that makes treason an ordinary feature of politics insuring victory to the most corrupt.
Respecting commitments. For once, just like that, just so as to know what it feels like to have the courage of loyalty in the face of a generalized collapse in the face of corruption. Would be nice.
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I read The Ballad of the White Tiger by Li Ho.
“…Which is the one who has suffered the most
which is the one who has suffered the most?
From the beginning the Just have pledged
mutual aid in times of hardship.“