
Étonnant. De tomber précisément maintenant sur cette série israélienne sur Arte. BeTipul qui a inspiré la série française. Mais en hébreu, sous-titré en français. Et de m’y retrouver en hébreu – avec plein de vides et de creux, bien sûr, après plus de 40 ans. Il n’empêche. L’ambiance – oui, Tel Aviv a bien changé, mais je parle de l’ambiance humaine. Comme…non pas une prolongation de ce que je suis en train d’écrire, mais un retour dans une ambiance connue, avec cette sonorité unique de la langue, ses modulations, intonations, expressions en leitmotiv. À un certain moment, l’un des personnages parle de citer un poème, et me revient que le mot qu’il emploie – shir – est le même que pour une chanson; ça me semble juste, ce rapprochement à des valeurs communes liées au rythme et à la musicalité des mots.
Comme sur The Israel Times ou The Jerusalem Post, je ne me souviens plus, ce commentaire où quelqu’un écrit en anglais: “this is war, not a picnic.” Et me revient aussitôt le “ze lau hapiknik“, qui revenait à tout propos, l’expression passe-partout pour dire on n’est pas là pour s’amuser.
Alors voilà, j’ai très peu dormi et passé le plus clair de la nuit à écouter de l’hébreu avec un oeil sur les sous-titres, mais pas trop, pour obliger l’oreille à s’y ré-habituer.
C’est inexplicable, ce qui rend une langue pays de connaissance, avant même que de la comprendre. Mais, après tout, c’est comme ça que l’aventure commence lorsqu’on est enfant baigné dans des sonorités dont certaines se répètent, s’associent à des gestes, des regards, des sourires, des murmures, des cris…sheket, la sheket, chut-chut tranquille, tais-toi.
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Atelier d’écriture, cet après-midi. Je n’en ai pas une envie dévorante. Plongée dans le carnet orange de l’arpenteur-géomètre où sont notées des traductions anglaises de poèmes de Mandelstam, réalisées entre 1980 et 1982, à Tel Aviv et lors de visites aux sites en construction dans le désert. Lorsque j’ai finalement commencé à m’endormir, il y a eu un court moment où je n’étais plus dans mon logement, ici, mais à nouveau dans l’appartement sur le rue Sokolov, à Tel Aviv; il m’a fallu un moment en ré-émergeant de l’endormissement pour me retrouver ici, maintenant.
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Astonishing. Coming across this Israeli series on Arte at this precise moment – BeTipul which inspired the French series. But this time in Hebrew with French sub-titles. And finding myself surrounded by Hebrew – with dips and hollows, of course, after more than 40 years. Still. The atmosphere – yes, Tel Aviv has changed a lot, but I mean the human atmosphere. As if …not an extension of what I am currently writing, but a return to a known atmosphere, with the unique sound of the language, its modulattions, intonations, expressions as a leitmotiv. At one point, one of the characters speaks of quoting a poem, and it comes back to me that the word he uses – shir – is the same as for a song; it strikes me as apt, this closeness in their common values relative to rhythm and the musical quality of words.
As on The Israel Times or The Jerusalem Post, I can’t remember which of the two, a comment where someone wrote in English: “this is war, not a picnic.” And I immediately thought “ze lau hapiknik“, the all-purpose expression that kept cropping up to say we’re not here to have a good time.
So there you have it, I slept very little and spent most of the night listening to Hebrew with an eye to the sub-titles, but not too much, to force the ear into becoming accustomed to it again.
It’s unexplainable, what makes of one language a familiar place, before even understanding it. But, after all, that’s how the adventure begins when we are only a child bathed in sounds, some of which return, become associated to gestures, looks, smiles, whispers, cries… sheket, lasheket. Hush hush, quiet, be quiet.
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Writing workshop this afternoon. I don’t really feel an overwhelming hunger for it. Deep into the land surveyor’s notebook where I noted English translations of poems by Mandelstam, between 1980 and 1982, in Tel Aviv and on trips down to the construction sites in the desert. When I finally began to drift off to sleep, for a brief moment, I was no longer in my apartment over here, but back on Sokolov Street in Tel Aviv; it took a moment as I re-emerged from almost-asleep, to find myself here again, now.