
(Ossip Mandelstam – Pierre, version imprimée à Leningrad en 1990, avec ajout de photos et de certains de ses textes en prose. )
Incapable de dormir jusqu’à 3 heures du matin (ancienne heure), presque tout ce blog du 29 octobre a été écrit cette nuit :
Toutes les inflexions et les intonations de l’hébreu remontent en surface; et les mots qui rejaillissent au milieu de ceux que je ne reconnais pas immédiatement. Quarante ans déjà. Je suis certaine qu’il en serait de même pour l’arabe, si je l’avais appris. Et si je ne publie pas ceci sur facebook, c’est que je n’ai pas envie de provoquer des imbéciles qui viendraient le salir en insistant que les anachim (gens) et les yeladim (enfants) à plaindre ne sont que d’un seul côté de la frontière, celui où l’on exprime sa désolation dans une autre langue, alors que tout prouve le contraire.
*
Tous les deux ans, je reçois un document de Retraite Québec me demandant de faire attester que je vis toujours par une autorité désignée. Reçu, complété et attesté, comme d’habitude, par mon pharmacien. Sur la place, en route pour la pharmacie, je suis passée devant trois salons de thé – le premier, avec une majorité de clients d’origine tunisienne, le second, à majorité marocaine, et le troisième, un mélange de Palestiniens, Algériens et autres. Exceptionnellement, tous les hommes étaient silencieux lorsque je suis passée; d’ordinaire, les conversations vont bon train. Mais là, tous avaient les yeux braqués sur leur téléphone.
*
Ovda ’80 – c’est la première fois que j’écris deux textes en parallèle – les versions française et anglaise en même temps. Tout mon matériel de référence est en anglais ou en hébreu; parfois les phrases me viennent en anglais et je les traduis immédiatement en français; parfois, la version française inspire quelque chose à rajouter en anglais. Et ainsi de suite.
Au travers des informations, me reviennent les mots d’un poème en yiddish d’Itzik Manger que je connais dans la version chantée par Chava Alberstein et dont un extrait va me permettre d’aborder le désastre de septembre 1982.
*
Et pourquoi l’illustration du livre d’oeuvres de Mandelstam en illustration ? Parce que lorsque Malo est venu en après-midi, hier, et que nous avons retravaillé des textes anglais de ses chansons, il m’a parlé des images qui s’accumulaient pour l’une qu’il n’a pas encore écrite sur l’enfance; en l’écoutant, j’ai tout de suite pensé à quelques-uns des poèmes de Mandelstam dans Kamen que je lui ai lus en français. Et ce jeune homme de 20 ans, pour qui Mandelstam est un parfait inconnu a dit: “Ah oui, c’est ça; il faut que j’achète ce recueil” (celui de la Librairie du Globe). Poèmes que je parviens tout juste à déchiffrer en russe, sans pouvoir en apprécier les inflexions et intonations, malheureusement.
*
Unable to sleep until 3 AM (old time) most of today’s blog was written during the night :
All the inflexions and intonations of Hebrew rise up to the surface; and words reappear among others I don’t recognize immediately. Forty years ago, already. I’m certain that it would be the same for arabic, had I learned it. And if I’m not publishing this on facebook, it’s because I don’t want to provoke idiots who would dirty it by insisting that the anachim (people) and the yeladim (children) worthy of grieving are only on one side of the border, where people express their desolation in another language, when everything proves the contrary.
*
Every two years, I receive a document from the pension service in Québec, requesting that I have a designated authority certify I’m still alive. Received, competed and certified, as usual, by my pharmacist. On the town square yesterday, on my way to the pharmacy, I walk by three tea houses – the first has customers mainly of Tunisian origin, the second, mostly Moroccan and the thir, a mix of Palestinians, Algerians and others. Exceptionally, all the men were silent when I walked by ; usually conversations are lively. But this time, all had their eyes glued to their phone.
*
Ovda ’80 – this is the first time I write two texts at once, in parallel – both the French and the English versions at the same time. All my reference material is in English or in Hebrew; sometimes sentences show up in English and I translate them immediately into French; sometimes, the French version inspires something to add to the English. And so on.
Through the news, words come back to me of a poem in Yiddish by Itzik Manger that I know only in the version sung by Chava Alberstein, an excerpt of which will allow me to move toward the disaster of September 1982.
*
And why this illustration of works by Mandelstam ? Because on Saturday afternoon, when Malo came over so we could work on the English in his songs, he told me about another one he wants to write on childhood; listening to him, I immediately thought of a few of the poems in Mandelstam’s Kamen which I read to him in French. And this young man, 20 years old, for whom Mandelstam is a total unknown said: “Ah yes, that’s it; I must buy this collection” (the one published by Librairie du Globe.) Poems I can barely make out in Russian, without being able to appreciate all its inflexions and intonations, unfortunately.