
(extrait d’un film de Natacha Sautereau)
Foisonnement de rêves. De ceux qui disparaissent au réveil, en ne laissant qu’une impression prégnante et quelques images – dont celle d’une équipe de foot représentant Monaco et entièrement composée de représentants des Etats du Golfe, que tout le monde s’empresse d’applaudir.
Une des premières choses que je lis au réveil, parmi les brèves du Kyiv Independent : les remerciements du président ukrainien à l’émir du Qatar pour son rôle dans la libération de quatre enfants enlevés par Moscou. On aura peut-être noté que le Qatar a joué un rôle de premier plan dans la libération de deux otages américaines du Hamas. Difficile d’oublier que le Qatar, toujours, est le pays ayant financé les installations civiles (écoles, hôpitaux) et sans doute autre chose aussi dans Gaza gouverné par Hamas – et ce, avec le plein accord du gouvernement Netanyahou, tout heureux de pouvoir développer les colonies juives en Cisjordanie pendant ce temps.
L’influence qatari dans le sport n’est plus à démontrer; quant à ce que nous raconte, en vrai, cette montée en puissance du Qatar et les jeux de pouvoir se déroulant entre Etats princiers dans le Golfe, je n’en ai pas la moindre idée. Sauf pour dire qu’à force d’avoir les yeux fixés sur l’instant présent, on ne voit plus rien du tout.
*
Après pareille introduction à la journée, tellement heureuse de lire “L’illustre Phèdre” de Mandelstam dans la traduction d’ André Markowicz. Heureuse ? Oui, pour la vérité qu’exprime ce poème; la vérité étant une chose tellement rare parmi les cris d’indignation, de rage, les batailles verbales vides et surchauffées et la propagande tape-à-l’oeil sur les réseaux sociaux, la vérité, quelle qu’en soit la tristesse, demeure la seule et unique voie du salut. Et que ce soit Racine (ou Corneille avec son Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! N’ai-je tant vécu que pour cette infamie ? les temps sont bien dépassés de telles exhibitions.)
Le poème rejoint les autres dans mon cahier des “essentiels”.
*
Ovda ’80. Travail de tâcheron en ce moment, qui consiste à reconstruire la chronologie d’événements qui , au fil des ans, se sont amalgamés comme le font les éléments minéraux dans ces roches sédimentaires qu’on appelle métamorphiques. A l’époque, l’accès à Bethlehem depuis Tel Aviv étant encore possible sans histoires, des douzaines de parents du personnel américains sur le projet arrivaient pour s’y rendre, afin d’envoyer des cartes postales portant la date du 25 décembre (“Il est né le divin enfant”, et tout ça). Ça semblait représenter quelque chose de vraiment marquant pour eux. La bêtise, qu’en dire ? (Rappel d’une femme, au Québec, depuis le confort de sa maison, me disant “j’arrive pas à comprendre pourquoi ce monde-là arrive pas à s’entendre entre eux autres.” Ce qui ressemble, à s’y méprendre, à ce que j’observe autour de moi dans le quotidien d’une petite ville dont certains des habitants ne se reconnaissent pas comme des “natifs”, parce que nés dans une ville voisine, à quelques douze kilomètres de distance… et emmenés ici par leurs parents à l’âge de …quatre mois.)
*
An abundance of dreams. The kind that disappear upon waking, leaving nothing but a significant impression and a few images – including that of a soccer team representing Monaco and entirely made up of representatives of the Gulf countries, that everyone is eager to applaud.
One of the first things I read after opening my eyes, among the daily briefs from The Kyiv Independent: the Ukrainian Président’s thanks to the Emir of Qatar for the role he played in the release of four children kidnapped by Moscow. One may have noted that Qatar played a starring role in the liberation of two Americans held by Hamas. Hard to ignore that Qatar,again, is the country that financed civilian installations (schools, hospitals’ and, undoubtedly, many other things too in a Gaza governed by Hamas – this, with the full agreement of Netanyahu’s government, only too happy to concentrate its attention during this time on developing Jewish settlements on the West Bank.
Qatar’s influence in the world of sports needs not be demonstrated; as to what this rise of Qatari influence tells us truly of the power games playing out between the Princedoms in the Gulf, I have no idea. Except to say that by constantly keeping our eyes glued to the present moment, we don’t see a thing anymore.
*
After that introduction to the day, so glad to read Mandelstam’s “The Illustrious Phaedra” in André Markowicz’ translation. Glad ? Yes, for the truth in it; with truth being such a rare occurrence and all the cries of indignation, outrage, heated and empty verbal battles and splashy propaganda played out on social media, truth, no matter how sad, remains the one and only saving grace. And be it Racine (or Corneille with his raging cries against living so long only to encounter infamy, the times have moved well beyond such displays.)
The poem goes with others in my notebook of those I call “essentials”.
*
Ovda ’80. Journeyman work at the moment, consisting of reconstructing the chronology of events that, over the years, have amalgamated as do mineral elements in those sedimentary rocks known as metamorphic. At the time, access to Bethlehem was still easily possible from Tel Aviv and scores of relatives of the American staff on the project would show up for a trip to the town, so as to send postcards home dated December 25th (“Christ our Savior is born“, and all that.) It seemed like a really big deal for them. The silliness, what can I say? (A reminder of a woman in Québec from the comfort of her home, saying: “I just can’t understand why those people can’t manage to get along with each other.” Which is like a carbon copy of what I observe in the daily life of a small town in which some of the residents don’t consider themselves as “natives” because they were born in a small town, some twelve kilometers away… and brought here by their parents when they were…four months old.)