
Un meme – vous savez, ces images avec, en surimpression, une phrase supposée résumer tout ce qu’il y a à dire sur un grand ou un petit problème de l’existence. J’aimerais dire que celui-ci était d’une stupidité rare, malheureusement, la stupidité en question n’est pas rare du tout.
Donc, affirmait le meme, être contre quelque chose est preuve de manque de jugeotte, de réflexion, bref, preuve qu’on a une tête aussi vide de cervelle qu’une cloche.
Euh…je suis contre l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Plus je lis, plus je réfléchis, plus je m’informe, plus mon opposition devient motivée et raisonnée. La question est donc de savoir contre quoi et pour quelles raisons on est “contre” quelque chose ou quelqu’un. Non ?
Mais voilà; le meme était suivi de “like” et de commentaires du genre: “ah ça, c’est bien vrai.” Question réflexion, il faudra repasser.
Cela dit, la “durée de vie” d’une information sur facebook est aussi rapide que celle d’un clignement des yeux. Les femmes afghanes ? Les femmes iraniennes ? Les nouvelles secousses sismiques en Turquie et en Syrie du Nord ? Ah, c’est vrai, la visite de Biden en Ukraine hier est déjà “old news”. Aujourd’hui, les yeux et les commentaires sont rivés sur la “bataille des discours” – celui de Poutine et celui de Biden. Comme le tout s’affiche à une lenteur invraisemblable sur mon écran, même publier un ‘like’ devient une entreprise majeure.
*
Passons à quelque chose de plus chouette…et d’inattendu : depuis quelques temps, j’ai de nouveaux copains (en plus des anciens). Ils et elles ont 15, 16, 17 ans. Ce sont les enfants de personnes que je côtoies depuis plusieurs années; dans certains cas, je les ai accompagnés dans un atelier ou pour des cours d’anglais. Et voilà qu’ils ré-apparaissent pour une visite, des conversations à bâtons rompus ou sur des sujets sérieux. Des conversations vraiment intéressantes et beaucoup plus libres, souvent, qu’avec des adultes “faits”, établis. Ils explorent et c’est très agréable d’explorer avec eux. Deux d’entre eux (probablement copains depuis la maternelle) ont l’intention de me rendre visite la semaine prochaine, de préparer le repas et de causer un bon moment. Je suis tout à fait d’accord; à la question concernant ce que j’aimerais manger, j’ai suggéré qu’on me surprenne (seul tabou: les malheureuses sardines décapitées tassées dans leurs petits sarcophages dont l’huile me rappelle l’odeur et le goût honnis de l’huile de foie de morue rance que notre mère avait tenté de “déguiser” dans du jus d’orange…)
*
Plaisir de re-découvrir le livre Risset 33 écrits sur Dante* hier soir – 33 textes présentés en ordre chronologique depuis ses premières approches à la traduction magistrale qu’elle a réalisée de la Divine Comédie. Hier soir, j’ai lu et relu le 8e texte (Naissance de la traduction) et, notamment sa description des “deux versants” de la traduction: “un versant rationnel et organisateur – la traduction est un processus décisionnel, rigoureux, c’est une suite de processus de choix…et donc chaque choix procède l’un de l’autre de façon extrêmement logique et rigoureuse : et un versant somnambulique, en transe, qui laisse venir quelque chose qu’il faut appeler le rythme... Je crois que la traduction est naissance de la traduction, en effet, parce qu’elle est périssable et donc toujours dans un moment instable, mais elle n’est pas déstabilisation dans la mesure où elle a cette force naissante qui lie musaïquement le langage.”
*Jacqueline Risset 33 écrits sur Dante, Conçu et réalisé par Jean-Pierre Ferrini et Sara Svolacchia, postface de Martin Rueff, Éditions Nous, 2021
*
A meme – you know, those images with in overlay, a sentence supposed to summarize everything there is to say about one of the big or tiny problems of existence. I would like to say that this one was of rare stupidity, unfortunately, the stupidity involved is not rare in the least.
So, said the meme, being against something is proof of a lack of brains, of reflection, in short, proof your head is as empty as a bell.
Uh…I’m against Russia’s invasion of Ukraine. The more I read, the more I think about it, the more I stay informed, the more my opposition becomes grounded and reasoned. The question then is to know against what or for what reasons one is “against” something or someone. No?
But there we are : the meme was followed by many “likes” and comments such as: “oh yes, that’s so true.”
That said, the “lifespan” on facebook of a piece of news is as short as that of a blink of the eye. Women in Afghanistan ? Women in Iran ? The new tremors in Turkey and in Northern Syria ? Oh, true, Biden’s visit to Ukraine yesterday is already “old news”. Today, eyes and comments are locked on the “Battle of the Speeches” by Biden and Putin. As everything loads at a snail’s pace on my screen, even publishing a “like” turns into a major enterprise.
*
Moving on to something much more pleasant…and unexpected : for a little while now, I’ve had new buddies (along with the old ones). These are 15, 16, 17 years old. They are children of folks I’ve known for several ears; in some cases, I’ve had them in a workshop or for English classes. And here they are, re-appearing for a visit, conversations about this and that or on serious topics. Truly interesting conversation and much freer, often, than with folks ‘set’ and established in their adulthood. They are in exploration mode and it’s truly pleasant to explore with them. Two of them (who are probably buddies since kindergarden) intend to visit me next week, to prepare a meal and spend a long time chatting; when asked what I would like to eat, I suggested they surprise me (the only tabu: those decapitated sardines all glomped together in their tiny sarcophagi (sarcophaguses?), the oil in which reminds me of the hateful taste and smell of the rancid cod liver oil our mother had attempted to disguise in …orange juice.
*
The pleasure of re-discovering Jacqueline Risset’s 33 writings on Dante last night – 33 texts in chronological order beginning with her first approaches to the masterful French translation she produced of his Divine Comedy. Last night, I read and re-read the 8th text (Birth of Translation) and, notably, her description of the two slopes in a translation : (“a rational and organizing slope – translation is a decision-making process, a succession of choices …and thus, each choice proceeding from the previous one in an extremely logical and rigorous manner; and a sleepwalking slope, trance-like, that allows something to emerge that one must describe as the rhythm… I believe translation is the birth of translation indeed, because it is perishable and thus always in a moment of instability, it it is not a destabilization inasmuch as it is this nascent force musically linking the language.”°