
Il peut sembler hors de propos de s’attarder à des réactions suite à la lecture d’une pile de Télérama que m’a remise une amie. Mais l’effet de masse est tel que j’ai l’impression d’ingurgiter un véritable condensé de la consommation culturelle bien pensante. On y trouve de tout, tout, qu’il s’agisse des préoccupations sociales de l’heure, des nouveautés musicales, littéraires, cinématographiques, de la littérature pour enfants, des ‘arts’, de la télévision, de la radio, des offres d’emplois. Tour à tour, ses chroniqueurs et chroniqueuses sont captivéq, envoûtés, impatients, intrigués, enchantés, perplexes, déçus, transportés…et au final, le nivelage est complet entre ce qui importe vraiment et ce qui n’a aucune espèce d’importance. De l’un comme de l’autre, on tourne la page vers autre chose.
Mieux vaut ça qu’un univers composé de Paris Match et de Gala ? Sans doute, mais en matière de formatage de la pensée, on se trouve dans la même logique de spectateurs d’une réalité qu’on ne peut que consommer de façon passive.
Ce qui rejoint une préoccupation personnelle, en sous-sol de mes pensées pour ainsi dire, concernant les conséquences de la guerre actuelle, et ses après. André Markowicz en parle dans sa chronique facebook aujourd’hui. Car oui, la défaite de la Russie est essentielle, y compris pour ses habitants, mais les ré-équilibrages des forces en présence ne se feront pas dans la douceur. Ni les autres régimes dictatoriaux ni les grands groupes industriels se transformeront en amoureux d’une démocratie vraiment participative. Que feront alors les Etats dépendant de leurs industries de l’armement ? Les dégâts environnementaux et climatiques n’auront fait que croître, les haines et les rancunes auront de nouveaux objets à se mettre sous la dent, notre terrible, fragile, belle, laide, désolante et destructrice humanité demeurera l’enjeu principal d’un monde encore et toujours en bouleversements.
*
Il y avait une image sur facebook, que j’ai partagée: celle d’un homme s’engageant sur un pont suspendu sur lequel il manquait des planches, et dont le tracé se perdait dans le brouillard, comme image de l’année à venir. En l’observant bien, il m’est apparu évident que la passerelle tenait à l’autre extrémité; c’était à peu près la nature des certitudes réalistes, sans assurances que des pans entiers de planches seraient manquantes, leur absence masquée par le brouillard.
La vie. (Le brouillard semblait vivifiant.)
*
It may seem out of context to linger on reactions following the reading of a pile of Téléramas brough to me by a friend. But the mass result is such that I have the impression of ingurgitating a literal condensation of woke cultural consumption. You find everything, but everything in its pages, from the hot-button social issue of the day, news on music, literature, cinema, children’s literature, the ‘arts’, television, radio, job openings. Each in turn, the columnists are captivated, bewitched, impatient, intrigued, enchanted, perplexed, disappointed, carried away…and the summation of it all produces a complete levelling between what truly matters and what is of no importance whatsoever. Be it the one or the other, you turn the page to something else.
Better that than a universe made up of Paris Match and of Gala ? No doubt, but in terms of formatting of thought, one finds the same logic of spectatorship on a reality one can only consume in a passive way.
Which touches on a personal preoccupation, in the basement of my mind, so to speak, concerning the consequences of the current war and its aftermaths. André Markowicz writes about this on his facebook column today. Because, yes, Russia’s defeat is essential, including for its inhabitants, but the re-balancing of the forces at play will not occur gently. Neither the other dictatorial regimes nor the big industrial groups will transform themselves into lovers of a truly participative democracy. What will the States dependent on the weapons industries do next ? The environmental and climatic damage will have only increased, the hatreds and resentments will have fresh fodder on which to feed, our terrible, fragile, beautiful, ugly, distressing and destructive humanity will remain the main challenge of a world still and always in upheavals.
*
There was an image on facebook which I shared : that of a man stepping onto a suspended bridge on which several footplanks were missing and whose course was lost in the fog – it served as an image of the year ahead. In observing it closely, it appeared obvious that the walkway held up at the other end: that was just about the nature of realistic certainties available, with no assurance that entire segments of the planks would not be missing, their absence masked by the fog.
Life. (The fog looked bracing.)