
Connu/Inconnu
“Connu” comporte d’assumer le poids des opinions des autres. Les louanges, les méchancetés.
“Inconnu” comporte d’assumer l’absence des deux.
L’illustration date d’une époque où j’en avais assez des désignations de mouton blanc ou noir. J’avais eu l’idée d’une maison d’édition qui se serait appelée autrement, publiant des textes…autres. Pas de héros surnaturels, ni hommes, ni femmes, pas d’adhésion aveugle à quelque dogme ou protocole qui soit, MAIS consacré à un examen de la réalité autrement. La vie s’est déroulée…autrement.
*
Au concert en terrasse, l’autre soir, d’office, on m’a “parquée” (c’est le seul mot qui s’applique) à la table des “vieilles”. La plupart étaient les mères de personnes avec lesquelles je me tiens habituellement. Et là – on peut en rire ou en pleurer, au choix – les mamans se plaignaient de leurs filles, alors que j’entends habituellement certaines de leurs filles se plaindre d’elles.
Dans les deux cas, j’écoute avec des hochements de tête, sans faire de commentaires.
*
Le jeu des pubs sur réseaux sociaux. Disons que dans un ratissage pour les supprimer, j’indique ne plus vouloir recevoir de pubs de rhum. OK. Le robot tentera plutôt de me proposer des pubs de whiskey, ou de vodka, ou de gin. Non, non et non? OK. Délicieuses boissons non alcoolisées alors. Non plus.
Et.ainsi, de suppressions en suppressions, je ne me débarasse pas de pubs. Elles changent de thème. (En ce moment, on me propose de l’immobilier – refuges en montagne notamment – et des pubs mettant en vedette des visages noires; je suppose qu’on passera ensuite aux locations sur bord de mer et visages orientaux.)
*
sans rapport ? je ne sais pas: avec l’âge, l’apparition des taches brunes sur les mains et le visage me font l’effet de la résurgence d’une mémoire génétique très ancienne, ramenant la pigmentation vers celle des ancêtres de l’espèce, sous le soleil implacable d’Afrique.
*
On pensera peut-être que j’invente. Je m’en fous, c’est bien ce qui s’est passé: hier soir, pensant à ma fille, j’ai ouvert le livre de Kari Unksova au hasard, et je me suis retrouvée à la page 162 qui débute ainsi : “Je voudrais dire quelques mots à part sur ma mère.”* Se déroulent alors des pages magnifiques, sur une femme hors-norme, décrite par sa fille hors-norme. Les scènes se passent en Asie centrale, où les femmes ne s’assoient pas pour manger avec les hommes. La mère de Kari, elle, le faisait, et même les vieillards à barbe la respectaient.
Respect.
Quand j’aurai terminé de lire (en comprenant ce que je lis) son poème L’Été dans la langue d’origine, je m’attaquerai aux pages 162 et suivantes, en russe. Pour l’heure, je retiens ce passage de son autobiographie.
*Kari Unksova, La Russie L’Été, édition bilingue traduction et préface André Markowicz, éditions Mesures 2021 (exemplaire 338/500)
*
Le soir, à l’heure où les chauve-souris sortent manger, la fleur du liseron se ferme. Le jardin devient un parterre désordonné de petites traces blanches, pas du tout les petits cailloux blancs rangés, traçant la voie dans Hansel et Gretel.
*
(Je constate que du contenu ‘sponsorisé’ apparaît au bas de ces pages. C’est parce que je suis sur un site non-payant; donc on m’y impose automatiquement ce genre de choses. Il me faudrait payer pour l’éviter, et je n’ai pas les moyens de le faire. Alors, svp, n’en tenez pas compte.)
*
Known/Unknown
“Known” carries bearing the weight of other peoples’ opinions. The praise, the nastiness.
“Unknown” carries bearing the absence of both.
The illustration is from a time when I was fed up with the designations of white or black sheep. I had the notion of a publishing house called other, publishing texts that were…other. No supernatural heros, male or female, no blind adherence to any dogma or protocol BUT committed to looking at reality otherwise. Life played out…otherwise.
*
any connection? I don’t know: with age, the appearance of brown spots on the hands and face makes me think of an upsurge of a very old genetic recollection, returning the pigmentation to that of the species’ ancestors, under the implacable African sun.
*
The other night at the concert on a terrace, I was automatically “parked” (no other word applies) at the table of “old women”. Most of them turned out to be the mothers of people I usually hang out with. And there – you can choose to laugh or cry over it – the mothers were complaining about their daughter where, usually I hear some of the daughters doing the same about their mothers.
In both cases, I listen, I nod, and make no comment.
*
The advertising game on social networks. Let’s say my round-up eliminated ads about rhum. OK. The bot will attempt offering up ads for whiskey, or vodka, or gin. No, no and no? OK. Delicious non-alcoholic beverages then. No again.
Thus, from eliminations on to other eliminations, I never get rid of ads. They move to some other theme. (Right now, I’m offered housing opportunities including mountain retreats and ads featuring black faces; I guess we’ll move on to rentals by seaside and Oriental features next.)
*
Some may think I’m making this up. I don’t care, it’s truly how it happened: last night, as I was thinking about my daughter, I opened Kari Unksova’s book at random, and found myself on page 162 which begins: “I would like to say a few separate words about my mother.” And magnificent pages then roll out about this non-standard mother, described by her non-standard daughter. The scenes play out in Central Asia where women do not sit to eat with the men. But her mother did, and even the old bearded men respected her.
Respect.
Once I’ll have finished reading Unksova’s poem L’Été in Russian (and understand what I’m reading), I’ll tackle pages 162 and following in Russian.
*Kari Unksova, La Russie L’Été, édition bilingue traduction et préface André Markowicz, éditions Mesures 2021 (exemplaire 338/500)
*
At night when the bats come out to eat, the white bindweed flowers close. The garden turns into a spread of disorderly little white traces, not at all like the neat path of white pebbles in Hansel and Gretel.
(I see ‘sponsored” materials appear at the bottom of this page. That’s because I’m not paying a fee for this platform, so advertising is automatically loaded on to it. I would have to pay to avoid it, and can’t afford to do so. Please ignore it.)