
Il est partout. Qui donc? Le “bon citoyen respectueux de la loi.” C’est pour lui que l’Etat d’Iowa a voté une loi interdisant de le poursuivre si par malheur et malencontreusement il venait à frapper avec sa voiture un(e) manifestant(e) dans une manifestation non autorisée; et où d’autres Etats lui promettent une récompense s’il dénonce une de ces traînées subissant un avortement, ou se préparant à le faire. Il est en Russie, bien sûr, où il se garde bien de parler de “l’opération spéciale” en Ukraine, de crainte d’utiliser des mots interdits par la loi et les conséquences délirantes qui s’ensuivraient. En Turquie aussi, bien sûr, où il a droit à des privilèges interdits aux “mauvais” citoyens (qui votent pour un autre parti que celui du président) ou qui sont carrément des “terroristes” – et dieu sait comment les “terroristes” sortent de partout là-bas, surtout s’ils ont un lien quelconque avec les kurdes. Il est en France aussi, où il se fait un point d’honneur d’ignorer toute personne n’ayant pas la même teinte d’épiderme que la sienne.
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“Réseaux sociaux”: comme dans un potager envahi de pucerons, le premier geste, chaque fois, c’est de supprimer les pubs. Une peste. Je ne sais pas s’il existe un moyen de les bloquer toutes en permanence.
Mais le plus difficile à supporter, sur les réseaux sociaux comme dans les contacts en “live”: la véritable pandémie d’indifférence à tout ce qui n’est pas un élément du paysage personnel immédiat. J’ai beau comprendre que cette indifférence est de façade, dans bien des cas, pour masquer la peur d’un monde qui semble si dangereux et le devient chaque jour davantage. Il n’empêche que ce refuge artificiel ne fait qu’accroître l’emprise de la peur et son influence. Pendant ce temps, les préfectures délivrent des obligations de quitter le territoire français , la machine administrative à broyer maintient le rythme, la France “terre d’asile” n’est qu’un slogan vide. Le plus difficile dans tout ça, c’est de résister au découragement personnel qui s’insinue sous la porte, gaz délétère de l’usure.
Ici, le ciel est du plus beau bleu ce matin. Nous sommes à quelques jours de l’explosion annuelle d’événements culturels sur la ville, avant qu’elle ne tombe dans le vide et le silence de l’été. Au contact des autres, impression de me transformer en coquille souriante, et vide – l’espèce de bonne humeur superficielle que je rencontrais aux Etats-Unis lorsqu’une personne opposée à la décision de l’administration Bush de frapper l’Irak m’entraînait sur plus d’un kilomètre de plage déserte avant d’oser dire un mot contre cette décision. Sauf qu’ici, en France, il y en a beaucoup pour râler, mais fort peu de volontaires lorsqu’il y a un boulot à faire.
Bon, droit devant, évidemment, puisqu’il s’agit d’une rue à sens unique. Et puis, une fois la mauvaise humeur exhalée, et l’habitude aidant, il reste la possibilité d’un regain d’énergie combative.
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He is everywhere. Who’s that? The “good citizen who respects the law.” It is for him that the State of Iowa voted a law forbidding accusations against him if by most unfortunate circumstance he should strike with his car someone participating in an unauthorized demonstration; and where other States promise him a reward if he turns in one of those sluts having an abortion, or preparing to have one. He is in Russia of course, where he’s careful to speak of a “special operation” in Ukraine, for fear of not using words forbidden by law and the insane consequences that would follow. He is in Turkey, also of course with access to the goodies denied to “bad” citizens and “terrorists” – and lord knows how those terrorists keep on popping out of the woodwork especially when they have the slightest relationship with Kurds. He is in France too, making a point of ignoring anyone whose skin tone doesn’t match his own.
“Social networks”: same as in a vegetable garden invaded by aphids, the first gesture, every time, involves deleting ads. A pest. I don’t know if there exists a way to block them all permanently.
But the hardes to put up with, on social networks as in “live” contacts: the pandemic of indifference to everything that is not part of the immediate personal environement. I do understand that for many, this indifference is a front to cover up the fear of a world that seems ever more dangerous and clerarly becomes so with every passing day. This changes nothing to the fact that this artificial shelter only increases the hold of fear and its influence. Meanwhile, the prefectures deliver their obligations to leave the French territory, the administrative crushing machine maintains its rhythm, France “land of asylum” is nothing but an empty slogan. The hardest in all that, is to resist personal discouragement insinuating itself under the door, the killer gas known as “worn out”.
Over here, the sky is of the clearest blue this morning. We are a few days away from the annual explosion of cultural events in the town, prior to its falling into the emptiness and silence of summer. When with others, I have the impression of become an empty smiling shell – the kind of superficial good cheer encountered in the States when someone in disagreement with the Bush administration’s decision to strike Irak dragged you out a mile on an empty beach before daring to say a word against it. Except that this being France, there’s a lot of superficial kvetching and precious few volunteers when there’s work to be done.
So, onward, obviously, it’s a one-way street. Plus, once the bad mood has had its moment, there’s always the possibility that with the help of force of habit, the fighting spirit will kick in.