
(carnets divers pour images et mots qui aident à tenir; les inepties ont droit à un carnet séparé./various notebooks for images and words that help in holding on; stupidities get their own separate notebook.)
Non, les grands pollueurs, pas plus que les dictateurs et potentats divers, ne sont dans le “déni”. Les criminels qui nient leurs crimes n’en sont pas moins criminels pour autant. Ils rejettent tout simplement la faute sur d’autres, et poursuivent leur carrière de criminels. Hannah Arendt : “Ce qui caractérise les leaders totalitaires et les dictateurs, c’est la détermination simpliste et tenace avec laquelle ils choisissent ceux des éléments d’idéologies existantes les mieux adaptés à devenir les fondements d’un autre monde entièrement fictif.” Et c’est à cela que nous sommes à nouveau confrontés, y compris sur des terres où on a pu croire que la liberté de penser et d’agir était acquise.
Ceux qui sont vraiment dans le déni ? Les gens qui cherchent des excuses, des justifications aux tyrans avérés ou en puissance, qui s’auto-flagellent en disant “oui, c’est de notre faute au fond, on n’a pas réagi assez vite, ils sont les plus forts, tout est foutu maintenant,” et cetera et cetera. Se vautrant dans l’impuissance par paresse ou même – eh oui – parce qu’ils s’aiment bien dans le rôle d’éternelle victime.
Quand je n’en peux plus de leurs inepties, je sors dans ma cour. C’est un bout de terrain que je qualifierais de lambda. Sur un substrat de terre, il y pousse des graminés, des herbes, des fleurs dont toutes ont sans doute des noms pour les experts; j’y reconnais du chiendent, des liserons, les autres poussent de façon tout aussi géniale dans leur anonymat … Parmi ces végétaux circulent des insectes: au moins trois variétés distinctes de fourmis, des coccinelles, des pucerons. Des limaces voraces aussi. Les merles considèrent ma cour comme un garde-manger. On y trouve quoi d’autre ? Un pommier sain et un autre en train de mourir lentement.
Non pas que je me fasse des illusions romantiques sur l’innocence et la pureté du reste du vivant. Du moins, j’espère que ça n’est pas le cas parce que, franchement, ça serait vraiment trop bête de découvrir que l’espèce humaine détient l’exclusivité en matière de connerie. Mais comme je ne comprends rien à leurs laideurs et leurs imperfections, une sortie dans la cour me procure le même sentiment d’affranchissement que celui ressenti par la touriste inconsciente qui admire un lieu sans se préoccuper de l’envers du décor.
Il n’empêche. Tenir quand la connerie déferle, c’est épuisant. Après un repas léger hier midi, je me suis étendue “pour quelques minutes” …et réveillée cinq heures plus tard.
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“Selon moi, le rythme régit non seulement la musique mais aussi la vie. Quand l’homme perd le rythme, il perd l’espoir. Qu’est-ce que le désespoir, les pleurs, sinon le manque de rythme? Qu’est-ce que la mémoire, si ce n’est le rythme?” Wieslaw Mysliwski, L’art d’écosser les haricots.
Tenir grâce à ces choses essentielles que sont la musique, la danse, les arts plastiques, le spectacle vivant, l’écriture, l’amitié et le refus de la bêtise. Parce que vraiment, ceux qui tentent de contrôler les autres sont des idiots et en font la démonstration chaque jour; dans certains cas, l’empereur est nu; dans d’autres, le brillant uniforme est posé sur un mannequin de vitrine.
Tenir. En sachant pouvoir compter sur d’autres. En sachant que, oui, les défaites sont toujours possibles et parfois inévitables, mais que des empereurs nus et des mannequins de vitrine ne sauraient être la fin de l’histoire.
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No, neither the great polluters or the dictators and various potentates are in denial. Criminals refusing to acknowledge their crimes are no less criminal for that. They simply throw the blame on others, and carry on with their careers as criminals.Hannah Arendt: “What distinguishes the totalitarian leaders and dictators is the simple-minded, single-minded purposefulness with which they choose those elements of existing ideologies which are best fitted to become the fundaments of another, entirely fictitious world.”
Those who are truly in denial ? The people who find excuses for the criminals, who find justifications for averred or potential tyrants, who beat on themselves saying “yes, it’s our fault really, we didn’t react fast enough, they’re stronger and anyway all is lost already”, etc etc etc. Wallowing in helplessness out of laziness or – yes, this too – because they rather love themselves in the role of the eternal victim.
When I can’t stand any more of that kind of nonsense, I step out in my backyard. It’s a small bit of land I would describe as common place. There, on an earth substrate, grain-bearing plants grow, and other grasses and flowers all of which undoubtedly have names for the experts; I recognize crabgrass, bindweed, as for the rest, they grow with just as much genius in their anonymity…Insects circulate among the greenery: at least three distinct varieties of ants, ladybugs, aphids. Voracious slugs, also. The blackbirds use my yard as a food supplier. What else? One healthy apple tree grows there, with another slowly dying.
Not that I entertain romantic illusions about the innocence and purity of the rest of the living. At least, I hope that isn’t the case because it would really be a downer to discover that the human race’s exclusive rights on stupidity. But since I understand nothing to the ugliness and imperfections in the rest of the sentient world, an escape out in the yard provides me with the same feeling of freedom felt by the unaware tourist, admiring a place with no concerns over the darker side of the picture.
Be that as it may, holding on against stupidity when is sloshes down is exhausting. After a light lunch yesterday, I went to “lie down for a few minutes”…and woke up five hours later.
“In my opinion, rhythm does not only govern music, but also life. When a man loses his rhythm, he loses hope. What is despair, tears, if not the lack of rhythm? What is memory, if it isn’t rhythm?” Wieslaw Mysliwski, A Treatise on Shelling Beans.
Holding on thanks to these essentials, music, dance, visual arts, live performances, writing, friendship and the refusal to give in to stupidity. Because really and truly, those who wish to control others are idiots and give proof of their idiocy each and every single day; in some cases, the emperor has no clothes and in others, the glittering uniform is draped on a storefront dummy.
Holding on. Knowing you can depend on others. Knowing that, yes, defeats are always possible and inevitable at times, but that naked emperors and storefront dummies simply cannot be the end of the story.