
À Moscou, celui qui se prend pour le Maître des Horloges vieillit, lui aussi.Finie, l’époque où il posait fièrement, torse nu, comme “un homme, un vrai”. Sa plus récente prestation le montre bedonnant, le visage à la fois bouffi, trop lisse et dénué d’expressivité à force de chirurgies plastiques. Affalé dans son fauteuil, il donne ses ordres à son commandant des armées face à lui derrière une toute petite table (la grammaire des images étant chargée de nous montrer leur proximité après les images de tables d’une longueur démesurée tenant ce même commandant à distance).
Je doute que Monsieur Poutine soit un grand lecteur d’autres choses que des exploits sanguinaires de ses héros dans l’histoire de son pays. Durant cette relecture-ci du Maître et Marguerite de Boulgakov, j’ai pensé à lui lorsque le diable s’adresse au poète inconscient du fait que les événements vont le conduire droit à l’hôpital psychiatrique:
“ Pardon, mais, reprit, affable, l’inconnu, pour diriger, il faut avoir, qu’on le veuille ou non, un plan précis portant sur un laps de temps un tant soit peu décent. Permettez-moi de vous demander comment l’homme peut diriger quoi que ce soit si non seulement il est privé de la possibilité de bâtir un plan quelconque sur une délai même ridiculement bref, ne serait-ce qu’un petit millier d’années, mais s’il n’est même pas capable d’être sûr de sa journée de demain…”*
Ce qui n’empêche pas l’homme en question de foutre un bordel pas possible pendant son bref passage sur terre, nous sommes bien d’accord.
Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, traduit du russe par André Markowicz et Françoise Morvan, inculte/barnum ©éditions inculte/dernière marge, 2020, pour la traduction française
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Pendant ce temps, à quelques jours de l’élection présidentielle en France, celui-là même qui nous avait annoncé en 2017 qu’il était “le Maître des Horloges”, s’est tapé d’une visite chez ceux et celles que ses politiques ont visé de plein fouet durant cinq ans. Tel l’apôtre Paul, terrassé sur la route de Damas, « L’ensemble des habitants de nos quartiers populaires sont une chance pour notre République, » a déclaré le locataire de l’Elysée, en expliquant sa venue comme une volonté de sa part d’« envoyer un messages d’ambition et de considération à tous les quartiers, » « trop souvent stigmatisés ».
Boudu. « Déconsidérés et stigmatisés » par qui??? Le grand n’importe quoi lui-même, et toute son équipe après lui. (Ça ne leur donne pas des aphtes plein la bouche de constamment tortiller de la langue dans la direction commandée par les sondages du jour ?)
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Allez. Dans Le Maître et Marguerite, le “maître” vient de faire son entrée au chapitre 13 du roman. Mais pour l’heure, je prépare des activités pour mon visiteur de cet après-midi, âgé de 10 ans; activités autour de la reconnaissance de mots débutant par une lettre de son choix.
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In Moscow, the one who considers himself the Master of the Clocks is also ageing. Those days are gone when he posed proudly, bare-chested “like a real man”. His latest performance shows him with a flabby belly, a face both puffy, smoothed out and expressionless from too many plastic surgeries. Slouched in his armchair, he gives his orders to the commander of his armies facing him from behind a tiny table (the grammar of images thus being used to show us their proximity, following images of inordinately long tables keeping this same commander at a distance).
I doubt Mr. Putin does much reading outside of the bloody exploits of his personal heroes in the history of his country. During my current re-reading of Bulgakov’s Master and Margarita, I couldn’t help thinking of him when Satan says to the poet, unaware of the fact events will lead him to the psychiatric hospital:
“I’m sorry,” replied the stranger in a soft voice, “but in order to be in control, you have to have a definite plan for at least a reasonable period of time. So how, may I ask, can man be in control if he can’t even draw up a plan for a ridiculously short period of time, say, a thousand years, and is, moreover, unable to ensure his own safety for even the next day?“*
Which in no way keeps the man in question from raising hell on earth during his brief passage on it, we’re all in agreement on that score.
*Mikhail Bulgakov, The Master and Margarita, translated by Diana Burgin and Katherine Tiernan O’Connor, Vintage Books, Random House New York 1996
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Meanwhile, a few days prior to the presidential election in France, the man who announced in 2017 that, henceforth, he was the “Master of the Clocks” in person, dragged himself into a visit to those his policies have targeted directly for the past five years. Like the apostle Paul, struck down on the road to Damascus, “All the resident of our popular neighborhoods are an opportunity for our Republic,” the Elysée’s tenant declared, explaining that his visit was because of his wish to “send a message of ambition and consideration to all in neighborhoods “too often stigmatized”.
Lordie. “Discredited and stigmatized” by whom??? None other than the Great Anything Goes himself, and his entire team behind him. (Don’t their mouths fill with ulcers from constantly wiggling their tongues whichever way the day’s surveys command?)
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Allez. In “The Master and Margarita“, the “master” has just made his entrance in chapter 13. Personally, for the time being, I’m preparing activities for a 10 year old visitor this afternoon with whom to work on recognition of words beginning with a letter of his choosing.