intox

Hier, dans The Guardian, il y avait un article au sujet d’une enseignante en Russie, dénoncée par ses élèves pour avoir tenu des propos qui ne reprenaient pas les mensonges imposées par le Kremlin concernant la guerre contre l’Ukraine. Bien qu’elle risque dix ans de prison, elle n’en veut pas à ses élèves qui ont agi en fonction de l’intoxication générale qui prévaut là-bas. Le même genre d’intoxication qui a prévalu en Union soviétique. Mais pas seulement.

Qu’on me croie ou non, à l’âge de six ans, moi et mes compagnes de classe dans une banlieue montréalaise se voyaient distribuer une petite revue catholique contenant une sorte de bd dont une image me reste toujours, près de 70 ans plus tard: on y voyait un gamin pointant du doigt vers un escalier derrière lequel se cachaient ses parents, catholiques convaincus que le gamin était tenu de dénoncer par ses professeurs communistes. C’était au temps de la guerre en Corée et la vieille religieuse qui tenait notre classe (alors qu’elle aurait dû être à la retraite depuis longtemps) nous disait que chaque fois que nous nous agitions en classe, un soldat russe tuait un soldat américain.

À six ans, on n’est pas très férue en matière de géopolitique. Je me souviens seulement de mes sessions silencieuses le soir dans mon lit, à enjoindre les petits russes de mon âge à se tenir tranquilles en classe, car, de toute évidence, dans le monde du vice et versa, ils y étaient pour quelque chose, eux aussi…

*

le climat ici, à trois jours du premier tour de l’élection présidentielle : confusion, inquiétude et désarroi. Après des mois et des années à laisser la droite la plus extrême répandre son venin en toute impunité, le président ressert le message usé à la corde du “C’est Moi ou le Chaos” (qu’il a nourri, pas si discrètement, merci). Une femme, réagissant à un démarcheur pour la France insoumise sur le marché du jeudi: “Mais que voulez-vous que je vous dise, mon cher Monsieur? Que je vote pour lui ou pour un autre, une fois élus, ils font ce qu’ils veulent et on n’est pas plus avancés.”

*

Et ainsi de suite, pendant qu’on nous parle, le plus calmement du monde, d’une guerre d’usure en Ukraine qui pourrait durer des mois, voire des années. Ils nous disent ça, tranquillou mon doudou, comme une sorte de réitération que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest. Comme si, au fond, une fois qu’on s’y ré-habitue, la guerre y’avait qu’ça de vrai vu tout le bien qui en découle en contrats d’armements, puis de reconstruction.

*

De la musique, et ça presse.

*

Yesterday in The Guardian, there was an article about a Russian school teacher who was denounced by her pupils for saying things that didn’t match the Kremlin-imposed lies about the war against Ukraine. Despite the fact she is at risk of a 10 year prison sentence, she is not resentful against her pupils who acted in conformity with the intoxication prevailing over there. The same kind of intoxication that prevailed in the Soviet Union. But not only.

Whether one believes me or not, at the age of six, I and my classmates in a small Montreal suburb were given a small Catholic leaflet that contained a cartoon of which I still recall an image, almost 70 years later. In it, a small boy was pointing toward the stairs behind which his practicing Catholic parents were hiding and that he was called upon to denounce by his communist teachers. This was at the time of the Korean war, and the old nun who taught our class (and who should have been pensioned off long before) told us that every time we fidgeted in class, a Russian soldier killed an American one.

At age six, a child isn’t really up on geopolitical matters. I only remember my silent sessions in bed at night, appealing to my six-year old Russian counterparts to keep quiet in school because, obviously in the vice-versa world, they had to have something to do with it also…

*

the climate over here, three days before the first round of the presidential election: confusion, worry and dismay. After years and months of letting the extreme right spew its venom in all directions with full impunity, the President pulls out the time-worn message of “It’s Me or Chaos” (I bred not so discretely). To a man handing out leaflets for La France Insoumise at the Thursday market, a woman says: “But my dear man, what can I tell you? Whether I vote for him or for another, once they’re elected, they all do what they want and we’re none the better for it.”

And so on while they tell us, as calmly as can be, that the war of attrition in Ukraine might last months, or even years. They say that, as cool calm and collected as a pickled cucumber, as if reiterating the fact the sun rises in the East and sets in the West. As if, bottom line, war was the only thing that mattered, once we’ve become re-accustomed to it, given the fabulous contracts for weapons then for reconstruction it generates.

*

Music, the sooner the better.

Leave a comment