goutte ou paille, c’est tout comme/drop or straw, it’s all the same

En anglais, on ne dit pas “la goutte qui fait déborder le vase”, on dit “la paille qui a rompu le dos du chameau”. Goutte sur la paille, ou paille dans la goutte…

Dans mon plus récent échange de correspondence avec la trésorerie de l’agglomération, on me réclame la coquette somme de 602 € pour des impayés remontant à deux ans avant mon occupation des lieux… Il faut croire qu’il y a du vrai dans cette histoire de péché originel, c’est la seule explication que je trouve au fait qu’une facture d’eau que je paie régulièrement ait pu accumuler tant de gouttelettes éparses dont je serais responsable, y compris avant mon arrivée ici (bizarrement, le bordereau qu’on me soumet ne contient aucune trace des sommes que j’ai réglées. Alors pourquoi pas me réclamer les impayés des uns et des autres depuis ma naissance au Québec, tant qu’à y être.) Donc, à nouveau, perte de temps grandissime, à rassembler copie du bail, pièces justificatives de paiements effectués, rédaction de courrier ni trop âpre, ni trop gentil, et cetera…

Je pose les yeux ailleurs – notamment sur un traduction d’une lettre ouverte de Selahattin Demirtas, emprisonné en Turquie depuis 2016, répondant à une lettre, ouverte celle-là aussi, d’un juge offusqué du fait qu’on n’entend que les jérémiades des accusés. Et le noble exercice de la justice, alors ? (À lire en traduction française ici.)

Puis, j’en lis une traduction en anglais tellement minable que je n’en citerai pas l’origine, traduction dans laquelle une zone de promenade dans la cour de la prison devient “un système de ventilation” et où les 26 ans de pratique du juge se transforment en… juge âgé de 26 ans.

Non, je ne me frappe pas le front contre ma table de travail. Je n’ai aucune appétence particulière pour la souffrance, ni la mienne, ni celle des autres. Si le temps le permet, j’effectuerai une révision anglaise basée sur la traduction française, ça sera toujours mieux que ce brouet. Encore heureux que les auteurs ne voient pas toujours ce qu’il en est de leurs mots traduits à la vas-comme-je-te-pousse.

Pour l’heure, révision de la traduction au sujet des Natoufiens, échanges aigres-doux avec la trésorerie…il y a des jours qu’on passerait volontiers à relire…je ne sais pas, moi…La montagne magique de Thomas Mann, par exemple, livre que je n’ai pas relu depuis des années mais que j’ai ouvert au hasard, l’autre jour, à un passage où Hans en 1917 se délecte de musique dans”...l’oubli de soi, l’innocence de l’intemporalité: c’était de la dépravation sans la moindre mauvaise conscience, c’était, culminant dans cette vision idéale, la négation totale de l’impératif occidental de l’activité, et l’apaisement qui en résultait pour notre musicien nocturne donnait un prix considérable à ce disque…”

Comme dépravation, ça me conviendrait tout à fait. Mais l’impératif occidental m’appelle…

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In English you don’t say “the drop that made the vase overflow”, you say “the straw that broke the camel’s back.” Drop on the straw, or straw in the drop…

In my latest exchange of correspondence with the Treasury of the regional agglomeration, , I am ordered to pay the tidy sum of 602€ for unpaid sums going back to two years before I occupied these premises…I guess there must be some truth to this business of original sin, it’s the only explanation I find to the fact the water tax I have paid regularly could have sprinkled so many droplets under my responsibility, including sums owed before I lived here (oddly, the document recording my debts to the community show nothing of the regular payments I’ve made. So why not charge me with unpaid amounts by the one and the other, all the way back to my birth in Québec, while we’re at it.) So, once again, a humongous waste of time spent re-assembling a copy of my lease, proof of payments made, and the writing of yet another letter, not too harsh and not too gentle, etc…

I turn my eyes elsewhere – notably to a translation of an open letter Selahattin Demirtas, imprisoned in Turkey since 2016, addressed to an open letter by a judge bewailing the fact one kept hearing the complaints of the accused. But what then of the noble exercise of justice ? (A French translation is available here.)

Then, I read an English translation that is so poor I won’t quote its origin, a translation in which the promenade area in the prison courtyard becomes a “ventilation system” and the 26-year experience of the judge becomes a…26-year old judge.

No, I don’t bang my head against my work table. I have no particular appetite for suffering, my own or that of others. If time permits, I’ll do an English revision based on the French translation, it will be better than this hodge-podge. It’s a good thing writers don’t always see what happens to their words when they are translated in a lackadaisical way.

For now: revision of my translation about the Natufians, and bitter-sweet exchanges with Treasury…There are days one would gladly spend reading …oh, I don’t know…Thomas Mann’s Magic Mountain, for instance, which I haven’t re-read in years but opened at random the other day to a passage where Hans, in 1917, is delighting in music in “total selflessness, the innocence of timelessness: it was depravity without the slightest bad conscience, it was, culminating in this ideal, the total negation of the Western imperative of activity, and the resulting appeasement to our nocturnal musician gave this recording considerable worth…”

As far as depravity goes, this would suit me just fine. But the Western imperative beckons…

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