«raisonnable»/”reasonable”

Voyons. L’autre jour, c’était un officiel de l’Union européenne qui nous annonçait que la raison exigeait que l’on fasse affaire avec les talibans en Afghanistan. Bien sûr, leur vilaine manie de couper une main, et pourquoi pas, une main et un pied, aux uns, d’exiger que des filles de 15 ans épousent l’un des leurs – et autres détails de ce genre – n’entrent certes pas dans le domaine de ce que nous, êtres suprêmement évolués, considérons comme « raisonnable ». Mais là n’est pas la question, apparemment, nous sommes au-dessus de considérations aussi platement ‘humanitaires’.

Tout comme il est difficile de comprendre en quoi il est « raisonnable » d’attraper des migrants au lasso comme du bétail ou de les charger à bord d’avions les retournant dans leur pays dévasté par la pauvreté, les tremblements de terre, les assassinats, la famine, la maladie…au prétexte, justement, de préserver la santé des citoyens de son propre pays (j’ai nommé les Etats-Unis d’Amérique où certains laboratoire demandent 389$ pour réaliser un test covid, entre autre pratique raisonnable d’enrichissement démesuré).

Et ce matin, on nous apprend que le “salut du Moyen-Orient” passe, le plus raisonnablement du monde, par la reconnaissance occidentale d’un certain Bashar al-Assad comme leader incontestable de la Syrie – pays dont il s’est employé à emprisonner, torturer, tuer des centaines de milliers de citoyens et d’envoyer des millions d’autres sur les routes de l’exil. (Après cette reconnaissance, je suppose que les réfugiés syriens seront renvoyés chez eux de façon raisonnable, puisque le pays sera déclaré ‘sécure’ sous ce même al-Assad ? Pauvre bébé, traité si misérablement par les autres chefs de gouvernement qui refusaient de jouer gentiment avec lui dans les cours d’école du monde raisonnable.)

Personnellement, si je veux raison gardée, il me faut regarder le monde sous une autre perspective et trouver le “raisonnable” ailleurs. Et bien que je ne partage pas nécessairement tous les points de vue exprimé par Richard Powers dans Overstory*, je suis bien d’accord avec lui que le temps où seules les histoires des humains méritaient notre attention sont une invitation aux délires comme ceux mentionnés ci-haut, un monde où le fait de planter des arbres destinés à se dessécher par manque d’eau justifie le fait d’abattre des forêts d’ arbres millénaires à un rythme sans cesse accéléré.

*Richard Powers, Overstory, Vintage, Penguin Random House UK, 2018

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Let’s see. The other day, we had an official of the European Union informing us the reasonable thing to do was to deal with and do business with the Taliban. Of course, their nasty habit of chopping off a hand, and sometimes, a hand plus a foot, of forcing 15 year old girls to marry one of their number – and other such details – are not matters we, the supremely evolved ones, consider “reasonable”. But, apparently, that isn’t the question, we are above such basely “humanitarian” considerations.

Just as difficult to understand is how it is “reasonable” to round up migrants like cattle, force them onto flights and dump them back in their country destroyed by poverty, earthquakes, endemic violence…precisely by invoking the need to safeguard the health of your own citizens (I am speaking of the United States of America when some labs are charging $389 for a covid test, among other reasonable practices of excessive enrichment).

And this morning, we are told that, in another demonstration of reasonableness, the salvation of the Middle-East calls for the West acknowledging Bashar al-Assad as uncontested leader of Syria – the country whose citizens he imprisoned, tortured, killed, sent in droves on the roads of exile. (Following this acknowledgement, I suppose it will be ‘reasonable’ to send Syrian refugees home, since the country will be declared “secure” under al-Assad. Poor baby, treated so poorly by other leaders, who refused to play with him in the school playgrounds of a reasonable world.)

Personally, if I don’t want to lose my mind, I must look at the world from a different perspective and find “reasonableness” elsewhere. And even if I don’t share all the views expressed by Richard Powers in Overstory,* I agree with him that the time when only the stories of humans deserved attention are an invitation to madness like the examples mentioned above, a world in which the fact of planting small trees destined to dry out through lack of water justifies the felling of millenial-old forests at an ever-increasing rate.

Richard Powers, Overstory, Vintage, Penguin Random House UK, 2018

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