Lundi matin/Monday morning

Deux titres retiennent mon premier regard ce matin, l’un dans The Guardian, l’autre dans The New York Times. Le premier fait la manchette car, nous dit-on, la détresse était grande aux Royaumes-Unis quand l’Italie a vaincu l’Angleterre au foot. Photos de joueurs italiens en délire, photos de spectatrices anglaises avec des mines de damnées au Jugement Dernier.

Fondu au noir, on passe à un titre en bas de page du New York Times: un chroniqueur révèle qu’il manque quelque chose à la notion oh-si-individuelle du bonheur: le collectif, eh oui. Oui, pour traduire le propos: “On imagine souvent le bonheur comme une émotion individuelle, mais on risque davantage de l’épouver dans une activité collective autour d’un projet commun.”

Il faut croire qu’en l’absence de mega-concerts dans des stades, ça ne laisse que les championnats sportifs comme exutoire…Enfin, d’après le monde dans lequel nous vivons, ici, présentement. De quoi faire une tête d’enterrement, en effet.

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“Accélérer les préparatifs”

Monde dans lequel certains se disent (et je cite) qu’il serait peut-être temps d’accélérer les préparatifs pour les chaleurs extrêmes…Accélérer les préparatifs pendant que la maison brûle, c’est toujours embêtant. Ce conseil tardif est juste à côté d’une photo aérienne d’une ville voisine de Las Vegas dans le désert du Nevada. Tout autour, il y a…le désert du Nevada, évidemment, et un lac dont on tire l’eau nécessaire à la vie, en train de s’assécher. La photo aérienne nous montre de coquettes villas alignées chacune avec son bout de pelouse et la plupart avec une piscine, en plus. La photo ne montre pas les systèmes de climatisation sans lesquels les habitants dépériraient encore plus rapidement que leur gazon. Certains se disent que, vivant dans le désert, il serait peut-être temps de s’y ajuster, pendant que d’autres laissent les systèmes d’arrosage en marche pour maintenir leur pelouse bien verte, et le surplus d’eau se déverser dans les rigoles…

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Chapitre 20

Au temps où la survie d’un écrivain dépendait de quelque grand seigneur ou mécène, un livre s’ouvrait obligatoirement sur un hommage extravagant que lui dédiait l’auteur, lui rappelant ainsi, si besoin était, que la survie de l’écrivain reposait entièrement sur sa bienveillance, c’est-à-dire sur ses écus. Comme les dits “grands de ce monde” ont besoin de flatterie (sinon, à quoi bon être plus “grands” que les autres?), ce passage était obligé. Y manquer, c’était choisir la famine et l’exil, ce qui est payer bien cher le privilège de s’exprimer, comme de nombreux écrivains le découvrent en ce moment-même, à travers le monde.

Maintenant que la survie des éditeurs (et accessoirement, des agents et des écrivains) repose sur la capacité de convaincre le consommateur à l’achat, les premières pages (et le 4e de couverture) s’emplissent d’hommages extravagants de critiques littéraires et d’autres écrivains s’exclamant sur le génie de cette oeuvre particulièrement génial de ce génie bien connu qu’est X, Y ou Z. Sinon, quel jojo se risquera à balancer ses 15 ou ses 20 euro sur un truc au sujet duquel pas un seul échottier n’a balancé les pages “croustillantes” dans une émission télé ?

Je demeure abonnée au Marcovaldo d’Italo Calvino et à l’une des façons les plus géniales, à mes yeux, de clore un récit: le petit conte en six paragraphes à la fin du chapitre 20 intitulé Les enfants du Père Noël (qui dit bien ce qui se passe quand la consommation n’arrive plus à combler ce qui est déjà trop plein.)

Un petit conte en six paragraphes sur le levraut blanc, le loup noir,

et la page blanche marquant la fin du récit.

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Two headlines hold my first attention this morning: one in The Guardian, the other in The New York Times. The first is the top headline because, we are told, distress was severe in Great Britain when England lost the soccer championship to Italy. Photos of deliriously happy Italian players, photos of the two British fans hugging with the faces of the doomed on Judgement Day.

Back to black and on to a column at the bottom of The New York Times page, in which a columnist reveals that something is lacking in the ever-so-individual emotion of happiness. Yes, to quote him “…we are most likely to find it in group activities with a shared purpose.”

Apparently, in the world we live in here and now, in the absence of mega-concerts in staditums, that leaves various sports championships as only outlet…Sad really. Enough to pull a doomsday face.

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“Stepping up preparations”

A world in which (and I quote) some claim the world “must step up preparations for extreme heat.” Stepping up preparations while the house burns down is a tricky proposition. This belated piece of advice is right next to a photo of a town neighboring Las Vegas in the Nevada desert. The aerial views show…the Nevada desert, of course, and the lake drying out while providing the required water for survival. The town is covered in individual homes with their stretch of lawn and, in many cases, a swimming pool. The photo does not show the air conditioning systems without which the residents would perish faster than their lawns. Some folks claim that, seeing how they live in a desert, maybe they need to adjust their ways, while others leave the sprinklers on to keep the grass green, and the run-off disappearing in the gutter…

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Chapter 20

In the days when a writer’s survival depended on some great lord or patron of the arts, a book necessarily opened on extravagant praise the author dedicated to him, thus reminding him, if such was needed, that the writer’s survival rested entirely on his benevolence, which is another word for his coins. As so-called “wordly greats” need flattery (without which, what’s the point in being “greater” than the others?) this was obligatory. Failing this meant choosing famine and exile, which is a high price to pay the privilege of self-expression, as many writers currently discover across the world.

However, now that the survival of publishers (and consequently, of agents and writers) rests on the ability in convincing the consumer to buy, the first pages (and the back cover) are filled with extravagant praise from literary critics and other writers making a great fuss about this work of particular genius by that genius known as X, Y or Z. Without this, what idiot would risk throwing his 15 or 20 euro at something of which not a single gossip columnist has revealed the “crispy-crunchy” pages on a TV show?

Personally, I remain a fan of Italo Calvino’s Marcovaldo and of one of the genius-inspired ways of ending a narrative: the short tale, only six paragraphs long, at the end of Chapter 20 titled “Santa Claus’ children” (providing a good illustration of what happens when consumer glut can no longer satisfy what is too full already.)

A small tale in six paragraphs about the white hare, the black wolf

and the white page marking the end of the story.

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