“Ah, la culture!”/”Ah, culture…”

(verbatim) L’homme qui a eu ce cri du coeur était assis derrière moi lors de l’apéro concert dans le jardin d’une amie (dont les trois enfants sont des musiciens professionnels, et tous leurs amis aussi.) C’était le troisième concert de ce type, tenu devant une trentaine de personnes.

Entre les prestations des deux formations de vendredi soir, en écoutant des conversations, j’apprends que le monsieur habite un tout petit village près d’ici où, comme nous tous, il a passé un hiver “long, froid et solitaire” comme le chantaient les Beatles à l’époque – chanson que j’écoutais en allaitant ma fille, il y a déjà 52 ans de cela…mais sans la pub bruyante et stupide accolée à la version disponible sur youtube.

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Elle dit: “…l’existence n’est pas uniquement portée par deux jambes, mais par un esprit. Lorsque je regarde autour de moi, je constate que les personnes qui n’ont pas réussi à se définir sur le plan intellectuel, et celles qui n’ont pas assez vécu d’expériences ont en elles un grand vide, une part manquante. Elles ont pourtant leurs jambes, leur bras, leurs yeux… Elles sont valides et douées de la capacité de réfléchir, mais il leur arrive d’être inertes face à la vie.”

Elle, c’est Lisa Çalan, une cinéaste kurde qui a perdu les deux jambes lors d’un attentat terroriste en 2015. Dans cette entrevue accordée au journaliste que nous connaissons sous le nom de Loez, elle mentionne l’imagination comme la motivation pour son choix de profession. Et elle ajoute : “Tous les arts sont importants pour changer le monde. Les livres que nous avons lus, les musiques que nous avons écoutées nous ont transformés. Mais, au XXIe siècle, le domaine qui se développe le plus, et le plus vite, c’est le cinéma. Il permet de faire passer tes idées, ton regard, tes goûts musicaux. Un peu comme s’il était la résultante de tous les arts — à mes yeux, en tout cas. En face de toi, il n’y a pas qu’un rectangle avec une image dedans, il y a un ressenti, une idée… Voilà pourquoi le cinéma est très important. Plus encore pour nous, les Kurdes.

Survivre, d’abord. Question de vivre le plus pleinement possible ensuite, pour y exprimer son propre “devoir” en tant qu’humain. Un “devoir” personne d’autre ne peut définir à la place de notre propre petite voix intérieure lorsqu’elle parvient à se faire entendre à travers tout le vacarme intérieur et extérieur. (Petite voix représentée par la poupée que la mère de Vassilissa lui offre dans le conte russe dont j’ai peint un tableau sur une armoire offerte à ma fille, il y a de cela bien des années déjà.)

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(verbatim) The man who spoke these words was sitting behind me during the apéro concert in the garden of a friend (whose three children are professional musicians, as are their friends also. It was the third such concert, held before some thirty people.

Between the performances of Friday night’s two groups, I eavesdropped on conversations and learned that the man lives in a tiny village close by and that, like all of us, he spent a “long, cold, lonely” winter, as the Beatles sang back then – a song I listened to while breastfeeding my daughter, 52 years ago, already… but without the loud and stupid ad stuck onto the version now available on youtube.

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She says: “…existence is not only carried by two legs, but by a certain spirit. When I look around me, I realize that persons who have not managed to self-define intellectually, and those who have not lived through sufficient experiences have a great void in themselves, a missing dimension. And yet they have both legs, arms, eyes.They are valid and have the capability for reflection, but they sometimes find themselves unresponsive in facing life.”

“She” is Lisa Çalan, a Kurdish film maker who lost both legs in a terrorist attack in 2015. In the interview conducted by the journalist we know as Loez, she mentions imagination as the motivation for her choice of profession and adds: “All arts are important in order to change the world. The books we have read, the musics we have listened to have transformed us. But in the 21st century, cinema is the domain that has developed the most and the fastest. It allows you to pass on your ideas, your outlook, your musical tastes. A bit as if it were the result of all the arts – in my eyes, at least. In front of me, there is not only a rectangle with an image in it, there is a feeling, an idea…This is why cinema is very important. Even more so, for us, the Kurds.”

Surviving, first of all. So as to live as fully as possible, afterwards, in order to express one’s own “duty” as a human being. A “duty” no one can define, other than your own small inner voice when it manages to make itself heard through all the noise, both inner and outer. (The small inner voice represented by the tiny doll Vasilissa’s mother gives her in the Russian tale, one panel of which I painted on an armoire I gave my daughter, many many years ago.)

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