Ridicule

Question de maîtriser mon énervement face aux dernières trouvailles administratives (le singe dans l’illustration représente mon moi intérieur; heureusement, sur papier, on n’entend pas ses hurlements):

Parmi les livres que m’a gentiment envoyés une amie, je viens d’en terminer la lecture d’un sur la couverture duquel l’éditeur est fier de nous dire que l’auteur est membre de l’Académie française. Je ne vois pas de raison de lui en vouloir pour si peu; la vie a le don de prendre des virages étonnants, parfois.

Cependant, ô Grand Dieu des petits poissons – que vous soyiez membre de l’Académie, du Club Rotary ou de l’équipe locale de pétanque, s’il-vous-plaît, je vous en supplie, ne commettez pas pour partage des histoires dans lesquelles une fragile héroïne féminine, renversée par un camion de dix tonnes est décrite se tordant de douleur et incapable d’utiliser un bras (ce qui est bien compréhensible, vu la charge subie…) et qui pourtant, moins de 24 heures et 3 paragraphes plus tard, se retrouve à aider une gamine à enfiler un anorak avant de laver le plancher, récurer la table et préparer la tambouille pour 4 personnes. Attendez ! Ça n’est pas tout : le jour d’après, elle parvient seule à soulever une lourde trappe afin de récupérer (et charger) une arme de guerre (sans doute plus légère qu’une lavette), et, sans formation préalable, loge une balle mortelle dans le bide du salaud pas gentil avec son copain. (Et…le recul? Causant l’arme à tirer à la verticale pendant que la petiote tombe sur le derrière?)

Dois-je même faire mention du ciel qui se dégage “pour fêter ces retrouvailles “? Il ne se contente pas de faire comme si il se dégageait pour ce motif, il y va carrément, le ciel. Il a la pêche. Il en frétillerait, il en chanterait “Le temps est bon, le ciel est bleu, nous n’avons rien à faire, rien que d’être heureux” si des ères d’apprentissage ne lui avaient pas fait comprendre que c’est à lui de jouer le rôle du Grand Bleu Laconique. Et dois-je mentionner la présence de la postface dans laquelle l’auteur sent le besoin d’expliquer au lectorat débile de quoi il s’agissait dans son roman, et ce que les 5 personnages principaux étaient supposés “représenter” ?

Eh oui, pauvre lectorat débile, ce roman contenait un message, et laissez-moi vous l’expliquer pendant que vous vous permettez vos minables petits commentaires sur la vraisemblance et autres questions ridicules de détail.

Franchement ? Les romans de mon enfance par Enid Blyton en traduction française par un(e) noble anonyme, (Le clan des cinq, Hourra pour les Jumelles !) tenaient mieux la route que ce truc gênant commis par l’un des Immortels et sur une sujet qui valait bien mieux, vu ses connaissances incontestables. (Faut croire, que les Immortels, eux aussi, ils ont des textes qu’il vaudrait mieux laisser dans un tiroir, ou soumettre à une révision sérieuse.)

*

Just so as to control my irritation over the latest administrative finds, (the monkey in the illustration represents my inner self; luckily, on paper, you can’t hear his howls):

Among the books kindly sent by a friend, there’s one I just read by someone the publisher is proud to present on the cover as a member of l’Académie française. I see no reason to hold this against the guy, life can take weird twists and turns at times.

However, Great God of the Little Fishes – whether a member of l’Académie, of the Rotary Club or of your local bowling team, please, please, do not commit and share stories in which a tiny little female character gets knocked down by a 10 ton truck, is described as writhing in pain and incapable of so much as lifting an arm (understandably, giving the payload) yet, less than 24 hours and 3 paragraphs later, is found helping a little girl put on a winter jacket, prior to washing the floor, scrubbing down the table and cooking a meal for 4 people. Wait! That’s not all: the next day, she manages to single-handedly lift a heavy trap door in order to retrieve (and load) a military-grade weapon (lighter than a scrub brush, no doubt) and, without any prior training, lands a killer bullet in the belly of the baddie being nasty to her buddy (recoil, anybody? Causing the weapon to shoot vertically while the tiny person falls on her tush?).

(Do I even mention how the sky above the war-torn crew “rejoices”?  Doesn’t “seem to rejoice”, but goes all out and feels so peachy, it only stops short of singing Oh what a beautiful morning because the sky, over eons, has learned that his job is to interpret the role of The Great Blue Silent Type. And do I even further mention the fact the author feels the need for an afterword in which to explain to the dumb readership what the novel was about and what the 5 characters were meant to “represent” ?)

That’s right, you poor dumb readership, there was a message here and in case you didn’t get it, let me explain it to you while you allow yourself piddly comments about verisimilitude and other ridiculous details.

Honestly? My childhood reading of Enid Blyton’s books in a French translation done by a noble anonymous (Three Cheers for the Twins ! The Clan of 5) kept to the road better than this embarassment committed by one of the Immortels despite his indisputable knowledge on the topic. (I guess it goes to show the Immortels also have pieces of writing best kept in a drawer, or subjected to serious revision.)

Leave a comment