“Cabin fever”

Aucune des traductions qu’on me propose pour “cabin fever” ne rend ce sentiment d’exaspération bien connu des habitants des contrées froides lorsque l’hiver n’en finit plus de finir et qu’une fièvre de verdure, de mouvement, d’espace et d’ailleurs s’empare de la personne, comme si elle était enfermée dans sa cabane au fond des bois.

Et bien, ce matin, au sortir d’un rêve où se jouait une mélodie inconnue de dix notes qui persistait dans ma tête suite au réveil, je me suis sentie envahie par cette sensation qui, à l’époque, me précipitait dans la serre des fougères géantes du jardin botanique de Montréal, comme ultime évasion hors de l’hiver interminable. Il y a longtemps que je n’ai pas éprouvé un besoin aussi intense de partir, hors des murs et des dix kilomètres imposés par la préfecture (qui se réduisent à un seul kilomètre à pied, dans mon cas). Hors des contraintes aberrantes accompagnées de directives contradictoires.

Profondes respirations. Bien sûr. Calme, je suis très très calme. Écoeurée, dégoûtée, mais calme.

*

Dommage que je n’aie pas pensé à noter ou lire l’article paru mercredi dans The New York Times sous le titre loufoque “Should spaghetti be way shorter?” (Le spaghetti devrait-il être beaucoup plus court?). Comme nous n’étions pas le 1er avril, il s’agissait peut-être d’un test pour voir le degré de concentration du lecteur sur “toutes les nouvelles dignes d’impression”…

Mais pas de souci. Les titres absurdes abondent. Par exemple, ce matin, le très sérieux The Guardian de Londres nous propose un article vantant le rôle joué par feu le prince Philip en tant que “nouveau modèle de masculinité” (le protocole exigeant qu’il marche derrière sa reine d’épouse…). Ou dans la partie “sponsorisée” du vénérable Le Monde à Paris, un titre nous apprenant qu’une vedette de je ne sais pas quoi annonce urbi et orbi qu’elle est “pansexuelle”. À savoir si cette pan-sexualité s’étend aux végétaux, animaux et minéraux de la planète, je ne sais pas, n’ayant pas lu l’article.

Parce que les journaux dits “sérieux” se sont mis à publier du “people” aussi, question de fidéliser davantage leurs lecteurs, sans doute. (Vous voulez des nouvelles du lézard géant thaïlandais qui a escaladé des étalages dans une épicerie? Mais vous êtes déjà au courant puisque la vidéo a fait le tour de la planète pendant que nous sommes là, comme des crèmes à la vanille industrielles, passés leur date de péremption, enfermés dans nos logements à se faire servir des inepties à gogo.)

(Oui, oui, aucun souci, je suis très, très calme).

*

Le spaghetti doit-il être plus court?

c’est la question du jour.

(je vous dirai sans détour

que tout dépend de votre four)

*

None of the French translations suggested manage to convey the well-known feeling of exasperation of inhabitants of cold countries when winter can’t seem to end anymore and a raging appetite takes over for greenery, movement, space and elsewhere, like that afflicting someone shut off in a cabin in the deepest part of the woods.

Well, this morning, as I awoke from a dream, with ten notes of an unknown song still playing in my head, I was filled with the same feeling that used to send me straight to the giant ferns greenhouse in Montreal’s Botanical Gardens as an ultimate escape from the endless winter. It’s been a long while since I’ve experienced such a powerful longing to leave, away from the walls and the ten kilometer restriction imposed by the préfecture (that boils down to one kilometer on foot, in my case). Away from the maddening constraints, accompanied by contradictory directives.

Deep breath. Of course. Calm, very very calm. I’m discouraged and disgusted, but calm.

*

It’s a shame I didn’t think of jotting it down or reading the article in Wednesday’s The New York Times under the zany title “Should spaghetti be way shorter?”. Since this was not on April 1st, it was perhaps a way of testing the readership’s level of concentration on “all the news that’s fit to print”.

But, no problem. Absurd headlines abound. For instance, this morning’s very serious The Guardian from London offers up an article praising the role played by now-deceased Prince Philip as “a new model of masculinity” (because protocol called for his walking a few steps behind his wife, the queen.) Or in the “sponsored” section of the venerable Le Monde in Paris, a celebrity of some kind or another, announced urbi et orbi that she is a “pansexual”. As to whether this pansexuality extends to all vegetables, animals and minerals on the planet, I can’t tell you since I didn’t read the article.

Because so-called “serious” newspapers now offer “people” type articles, the better to develop customer loyalty, I suppose. (Would you like some news about the giant lizard in Thailand that climbed up the shelves in a grocery store, in search of food? Oh, you know already, since the video spread around the world while we sit there like a bunch of industrial vanilla puddings past their due date, shut off in our apartments, while being served endless rounds of nonsense.)

(Yes, yes, no problem, I’m very very calm).

*

should spaghetti be way shorter

asked a savvy young reporter

(it all depends on the pot you’ve got

if it’s real tiny then, why not?)

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