Il ne suffit pas de parler…/Speaking out is not enough…

encore faut-il être entendu. Correctement.

Viols, harcèlements sexuels, et maintenant inceste; infanticides, demain? La parole “se libère” dit-on. Ce qui me frappe surtout, c’est la rapidité avec laquelle les “révélations” sont balayées par d’autres, parce qu’au fond, la “parole” en question n’a pas “mission” de changer quoi que ce soit, du moins pour ceux et celles qui la publient. Je dirais même: au contraire. Les sujets “chauds” attirent les lecteurs. Ça nécessite un renouvellement constant.

Deux articles. L’un dans Le Monde que je n’ai pas lu car Le Monde n’a pas “mission” de bénévolat et je n’ai pas les moyens de rajouter un abonnement à mon budget de fond de cour. Je l’aurais lu volontiers parce qu’il posait au moins la bonne question aux femmes (et aux hommes?) qui avaient “parlé”. Qu’en était-il pour elles et pour eux, suite à leur prise de parole?

Le second, que j’ai lu, m’a mis en colère: le petit Macron, lui dont la voix se doit d’être entendue, s’est empressé d’annoncer sa “solution” au problème de l’inceste. Dorénavant, les écoles offriront deux séances d’écoute chez l’infirmière scolaire – une au primaire et une au collège. Pour avoir recueilli les confidences d’une petite concernant son “tonton” au cours d’un accompagnement scolaire qui a duré plus d’une année, le “pif gadget” d’une séance miraculeuse de quinze minutes chez l’infirmière m’a paru carrément dégoulinant d’ignorance et de condescendance.

Et j’ai vraiment l’impression que tout ce qui touche à la sexualité demeure tellement empreint de tabous et de croyances a priori. Tellement empreint qu’entre le silence et une parole mal accueillie, le silence n’est pas nécessairement le plus dommageable des deux. Sans parler des récits mal ficelés, des accusations confuses, des erreurs sur la personne et de leurs conséquences. Parle-t-on du “tonton” pour protéger quelqu’un d’autre, par exemple. (Et si le “tonton” n’était pas le véritable coupable, c’est bien tant pis pour sa pomme, n’est-ce pas?)

Un peu comme pour les cas de récits véridiques mais mal racontés de personnes en demande d’asile qu’un fonctionnaire rejette comme “non crédibles” parce que la personne n’a pas su trouver les mots qu’un fonctionnaire pourrait entendre – ou avoir le temps et la patience nécessaires pour poser les bonnes questions… et écouter les silences aussi bien que les paroles.

“Sujets difficiles”, dit-on. C’est vrai. Ils le sont.

*

you still need to be heard. correctly.

Rapes, harassments, and now incest; child murders tomorrow? We are told that words are being “liberated”. What strikes me the most is the speed with which the “revelations” are swept away by fresh ones because, frankly, the words are not “missioned” to change anything whatsoever, at least, not for those who publish them. I would even say: quite the contrary. “Hot” subjects draw viewers. “Hotness” requires fresh jolts.

Two articles. One in Le Monde which I did not read because Le Monde is not a pro bono “mission” and I can’t afford to add a subscription to my rock bottom budget. I would have gladly read it since, at least, it raised the right question to those women (and men) who had “spoken up”: how were they faring, following their public coming out?

The second article, which I read, made me angry: little Macron, he whose voice must be heard, rushed out to announce his “solution” to the problem of incest. Henceforth, students would have access to two sessions with the school nurse charged with listening to them, one in grade school, and one in high school. After receiving the confidences of a little girl concerning her “uncle” during a school coaching that lasted over a year, the notion of a Cracker Jack gadget of a fifteen minute session with the school nurse struck me as dripping with ignorance and condescension.

And I really have the feeling that everything relative to sexuality remains so caught up in tabus and a priori beliefs. So caught up that, between silence and a poorly received telling, silence is not necessarily the most damaging in all cases. Not to mention poorly told stories, muddled accusations, errors on the people involved. Is a child talking about “an uncle” in order to protect someone else, for example? (And if the “uncle” wasn’t the true culprit, well, that’s just too bad for him, right?)

A bit like those cases of true stories poorly told by asylum seekers to a civil servant who rejects them as “non credible” because the person did not find the words a civil servant was able to hear – and certainly had neither the time nor the patience to ask the right questions and listen to both the answers and the silences.

“Difficult topics”, they say. True. That they are.

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