
Apparemment, la pandémie est remarquablement profitable aux grandes fortunes. Il faut croire qu’il existe un goulot d’étranglement (la cupidité, peut-être ?) qui empêche le “ruissellement vers le bas” de toute cette richesse. Quand les économies personnelles s’étiolent, on doit restreindre ses achats en conséquence. Raison pour laquelle, mises à part les traductions que j’effectue pro bono, j’ai dû restreindre mon seul luxe, l’achat de livres, et me mettre à la 2e ou 3e relecture des livres que je possède déjà. Hier soir, j’ai ouvert le premier volume du théâtre complet d’Euripide mais je ne me suis pas rendue plus loin que l’introduction tant j’ai été frappée par une autre perspective sur le théâtre au 5e siècle avant J.C.
Je ne m’étais jamais arrêtée, par exemple, au fait que des milliers de personnes affluaient aux spectacles, tant pour les comédies que pour les tragédies. Dans le cas de ces dernières, plus spécifiquement, il n’ s’agissait donc pas d’oeuvres composées pour un public d’élite (des foules de 20 000, 30 000 personnes n’étaient certainement pas composées d’un seul public de lettrés…). Les tragédies semblent donc avoir comme but une représentation aussi puissante que possible des émotions humaines les plus fortes – amour, colère, rage vengeresse, désespoir – combinées à des appels au devoir, tant familial que national.
Comme les Grecs de ce temps n’avaient ni télé, ni cinémas, ni polars en bouquins ou sur Netflix, ils allaient au théâtre pour de bonnes doses d’horreur, d’indignation et de fierté à l’idée de vaincre des “sous-humains”, style Perses et autres. Bref, La Malédiction des Atrides, c’est Les feux de l’amour croisé avec Plus belle la vie et le polar de plus sanglant de l’année. Nous voici fort loin des demoiselles et damoiseaux peuplant les tragédies “grecques” de Racine au 17e siècle.
Je m’apprête à lire Iphigénie à Aulis dans cette autre perspective.
(quant aux cothurnes, ces curieuses chaussures comme des blocs de bois, chaussées par les tragédiens, serait-ce des reliquats de l’époque encore plus ancienne où les textes étaient récités en accompagnement des chants plus anciens encore, par des acteurs montés sur une table ?)
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Apparently, the pandemic has been incredibly profitable to the people holding huge fortunes. There must be a stranglehold somewhere (greed perhaps?) keeping all those riches from “trickling down”. When personal savings dry up, one must restrict purchases accordingly. This being the case, except for pro bono translations, I’ve had to cut out my one luxury – the buying of books – and concentrate on second or third readings of books I own already. Last night, I picked up the first volume of Euripides’ tragedies and never got further than the Introduction, so struck was I by a different perspective on theater in the 5th century BC.
For example, I had never stopped to think out the implications to the fact thousands of people flocked to the performance of comedies and tragedies. Clearly, these were not works written solely for an elite public (crowds of 20 000, 30 000 people were not made up only of connoisseurs.) The tragedies seemed to aim at representing as powerfully as possible the strongest of human emotions – love, anger, rage, revenge, despair…) combined with calls to a sense of duty to the family and/or to the nation.
As the Greeks in those days had no TVs, no movie houses, no crime novels and no Netflix either, they went to the theater for a hefty dose of horror, indignation and pride in putting down “sub-humans” like the Persians and the like. Thus, The Curse of the Atrides is As The World Turns combined with the goriest crime novel of the season. This has very little to do with the gentle men and women portrayed in 17th century “Greek” tragedies.
I’m about to re-read Iphigenia in Aulis in this different perspective.
(As for the cothurnus, those odd shoes shaped like wooden blocks worn by the actors in tragedies, might they be relics from the more ancient days when texts were first recited as accompaniments to the even more ancient choral songs, by actors standing on a table ?)