
Tournants –
Je ne crois pas que le A pour anarchisme du “tag” sur la structure au bord de la rivière ait la même signification pour son auteur que pour moi. Par contre, sous ce voile de brouillard automnal, je remarque sa présence face à la chapelle sur l’autre rive. Grâce au brouillard, justement, leur juxtaposition forme une sorte de résumé de la mélasse idéologique dans laquelle nous pataugeons tous en ce moment. Les règles, lesquelles, les règles de qui, définies comment, s’appliquant pour ou contre qui, par qui et comment, et cetera.
Je viens de terminer la lecture de Globalists par Quinn Slobodian*. Livre dans lequel ce professeur d’histoire nous transporte depuis la fin des empires à la naissance du néolibéralisme. Son exposé se termine avec les manifestations de 1999 à Seattle, manifestations de protestation contre l’OMC, la Banque mondiale et le FMI.
Au détour de l’une des pages, j’ai même la surprise de croiser Saint Augustin lui-même, invoqué comme soutien de l’ineffabilité de l’économie mondiale ou, comme la décrit Slobodian, la Civilisation du Taux d’Intérêt. Civilisation dans laquelle, les droits de la “personne légale” – telle étant la désignation des entreprises – doivent prévaloir sur les droits des “personnes réelles” puisque, dans cette version de la réalité, les règles garantissant les droits des premiers constituent le fondement de la survie des seconds. Survie plus ou moins miséreuse ou aisée, sans doute, mais ça, n’est-ce pas, il y aura toujours des gagnants et des perdants en raison de causes merveilleuses et “ineffables”. Dura lex, sed lex…aiment à dire les plus fortunés.
Les tenants du néolibéralisme ont travaillé très, très fort afin d’opérer une séparation rigoureuse entre les droits limités que peuvent exercer les citoyens et leurs représentants élus (ou auto-proclamés), et l’enchâssement dans des structures distinctes des obligations légales régissant le monde du commerce. Cet enchâssement devant être considéré par les états comme prioritaire et inattaquable.
Evidemment, comme on peut le constater un peu partout, les “personnes réelles” sont d’un autre avis. Pour l’heure, ces oppositions semblent surtout permettre un essor extraordinaire dans la production et le commerce d’instruments de répression. Les bénéfices trimestriels explosent (ainsi que des vies, des crânes, des membres et des yeux) pendant que les budgets pour les services sociaux s’effondrent. Louée soit la théologie. Les voies du Seigneur sont vraiment insondables.
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Parlant de “voies du Seigneur”: c’est officiel puisque le secrétaire d’état américain Rick Perry le dit: Trump est l’élu du Seigneur pour cette période de l’histoire, tout comme Obama fut l’élu du Seigneur dans la phase précédente. On est donc en droit de se demander: 1)qui sera l’élu du Seigneur pour la prochaine manche et 2) comment le Seigneur choisit ses élus. À pile ou face? En demandant à son Fils de lui bander les yeux, de le faire tourner trois fois sur Lui-Même, avant de de tenter de fixer la queue sur l’âne?
Insondables, je vous dis.
*Quinn Slobodian, Globalists, the end of empire and the birth of neoliberalism, Harvard University Press, 2018
Turning points –
I don’t think the A for anarchism on the tagged building by riverside has the same meaning for the tagger as it does for me. However, under this veil of autumnal fog, I notice its presence facing the chapel on the other side. Thanks precisely to the fog, their juxtaposition provides a kind of summary of the ideological molasses in which we are all wading these days. Rules, which rules, whose rules, how defined, implemented for or against whom, by whom and how, etc.
I have just finished reading Globalists by Quinn Slobodian¨. Book in which this history professor carries us from the end of empires to the birth of neoliberalism. His presentation ends on the 1999 Seattle demonstrations protesting against the WTO, the World Bank and the IMF.
Turning one of the pages, I even have the surprise of finding none other than Saint Augustine invoked in support of the world economy’s “ineffability” or, as Slobodian writes, The Interest Rate Civilization. A civilization in which the rights of “legal persons” – corporations being thus designated – must prevail over the rights of “real persons” since, in this version of reality, the rules guaranteeing the rights of the former are fundamental to the survival of the latter. Said survival being more or less miserable or comfortable, no doubt, but that’s to be expected. There will always be winners and losers for wondrous and “ineffable” reasons. Dura lex, sed lex… the more fortunate like to say.
Neoliberalist proponents have worked very very hard in order to obtain a rigorous separation between the limited rights citizens and their elected (or self-proclaimed) representatives can exercise, and the enshrining within separate structures of the legal obligations as they apply to the market. States having the obligation to consider these enshrined rights as unassailable priorities.
Naturally, as we can see just about everywhere, the “real persons” aren’t of the same opinion. For the time being, these oppositions mostly seem to allow for an extraordinary upsurge in the production and marketing of instruments of repression. Quarterly benefits explode (along with lives, skulls, limbs and eyes) while budgets for social services collapse. Blessed be theology. The ways of the Lord are truly unfathomable.
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Speaking of the “Lord”s ways”: it’s official since the American Secretary of State Rick Perry says so: Trump is God’s chosen one for this phase in the story, just as Obama was God’s chosen one for the previous phase. This being the case, we are entitled to wonder: 1) Who will be God’s next chosen one for the next phase and 2) how God goes about choosing his elected ones. Heads or tails? By asking his Son to cover his eyes and spinning him around three times before He attempts to pin the tail on the donkey?
Unfathomable, I tell you.
*Quinn Slobodian, Globalists, the end of empire and the birth of neoliberalism, Harvard University Press, 2018