
Mensonges –
Pour l’heure, je me tiens à l’écart de toutes lectures au sujet de la situation Chine/Hong Kong, parce qu’il y a une quantité limitée de désordres nationaux et internationaux que je peux absorber au cours d’une journée, tout en restant concentrée sur les histoires que je veux raconter.
Chose certaine, devant la grossièreté des mensonges qu’on nous sert, il semble évident que le but n’est pas de convaincre de leur véracité, mais plutôt de convaincre que la vérité n’a aucune espèce d’importance. La victoire à celui qui gueulera le plus fort en somme – et qui démantèlera le plus complètement les contre-pouvoirs supposés préserver nos belles démocraties.
De toutes façons, les priorités des chefs de pupitre ne sont pas les miennes; les priorités des propriétaires de médias, encore moins. (Est-il besoin de remarquer que la forêt amazonienne continue de flamber, qu’on en fasse un titre ou pas, tout comme les candidats au refuge se font enfermer, matraquer, voire pire, qu’on en parle ou pas. Comme l’écrit Jean Rouaud dans un article intitulé Les solitaires courageux: “Exprimé avec une pointe d’agacement et de lassitude, cela donne : c’est bon, on sait, tu nous casses les oreilles. Mediator, Levothyrox, amiante, glyphosate, Monsanto, Sanofi, Clearstream, Panama Papers, LucLeaks, on a déjà donné. Quelques minutes de notre temps et une poignée d’articles. Nous n’allons pas balancer les porcs qui nous gouvernent.“* J’ajoute: D’autant plus qu’ils sont divertissants en diable et l’indignation fait vendre.)
Les lanceurs d’alerte et les journalistes qui osent prendre des chances demeurent sans doute nos dernières sources pour les vérités désagréables mais essentielles. Il n’en demeure pas moins que chacun doit continuer à suivre son propre fil au travers du marécage.
*Jean Rouaud Les solitaires courageux, dans Apulée #4 Traduire le monde, éditions Zulma 2019
Lies –
For the time being, I’m keeping clear of all reading concerning the China/Hong Kong situation, because there’s only a limited quantity of national and international mayhem I can absorb in a single day, and still stay focussed on those stories I wish to tell.
Seeing the crudeness of the lies we are told, it seems obvious that the aim is not to convince us of their veracity, but rather to convince us that truth doesn’t matter in the least. Victory will go to he who yells the loudest – and will most thoroughly dismantle the balance of the powers supposed to preserve our beautiful democracies.
In any event, desk editors’ priorities are not mine; the priorities of media owners, even less. (Is there even need of a reminder that the Amazonian forest burns on, whether it makes headlines or not, just as candidates to refuge get locked up, beaten, or worse, whether their plight is mentioned or not. As Jean Rouaud writes in Apulée, in an article titled Brave Loners: “Spoken with a touch of annoyance and fatigue, this gives: all right, we know, you’re being a pain. Mediator, Levothyrox, asbestos, glyphosate, Monsanto, Sanofi, Clearstream, Panama Papers, LuxLeaks, we’ve given already. A few minutes of our time and a handful of articles. We are not going to throw overboard the pigs governing us.”* I add: Especially since they are entertaining as hell, and indignation is a sales booster.)
Whistleblowers and journalists willing to stick their necks out may be our last sources for unpleasant but essential truths. Nevertheless, there’s need to keep on following one’s own thread through the morass.