
Très cher…
En voiture l’autre jour, une amie me mentionne la correspondance de Simone de Beauvoir avec l’écrivain américain Nelson Algren. Quelques minutes plus tard, à la librairie, je me trouve nez à nez avec le livre en question en format (et en prix) “poche”. J’en ai commencé la lecture hier soir.
Rien de “raisonnable” dans cette rencontre amoureuse entre un homme et une femme issus de deux mondes sans commune mesure – si ce n’est la pratique de l’écriture – et comme j’en suis aux premières pages, une Simone de Beauvoir énamourée s’exprime avec les mêmes lieux communs que tout le monde dans ces circonstances. Lieux communs qui nous paraissent à tous avoir du sens, pour cette seule et unique fois, pour cette seule et unique rencontre. À cette étape de leur relation en 1947 ils ont passé une semaine ensemble et le toujours est encore frémissant de promesses. Ce toujours se poursuivra tout de même jusqu’en 1964 et sombrera dans une coupure violente voulue par Algren. Ses ayant-droit interdisant la publication de ses lettres, les motifs de la rupture ne peuvent faire l’objet que de suppositions. À cette époque, en tout cas, les commentaires publics d’Algren n’avaient rien de tendres, c’est le moins qu’on puisse dire.
“A toi pour toujours…” Certains tentent de prolonger ce fameux toujours en se racontant des lendemains éternels après la mort mais la question se pose: les amants ainsi réunis se retrouvent-ils suspendus à jamais dans l’état où la mort les a saisis? Dans la fleur éternelle de leur amour? Au petit matin d’une engueulade mémorable?
Quel rapport avec ce que j’écris ? Aucun, si ce n’est dans ces incertitudes de la vie. Celles qui expliquent le succès immense que remportent ces romans où, après moultes péripéties, la solution apparaît, de préférence dans la phrase finale. Je n’ai jamais réussi à écrire de cette façon.
Plus douée pour les questions que pour les réponses, sans doute.
Dearest …
In the car the other day, a friend mentioned Simone de Beauvoir’s correspondence with Nelson Algren, the American writer. A few minutes later at the bookstore, I found myself staring at the book itself in pocket book format (and price). I started reading it last night.
There is nothing “reasonable” in this love affair between a man and a woman with nothing in common – other than the fact they are both writers – and as I’m in the first pages, a besotted Simone de Beauvoir uses the same conventional language as anyone else in those circumstances. Conventional words that appear to make sense for this one and only time and for this one and only meeting. At this stage of their relationship, they have spent one week together and the forever is still filled with promises. This forever will hold until 1964 when it will dissolve in a violent break wanted by Algren. Since his rights holders forbid the publication of his letters, we can only guess at the reasons for the break. At any rate, there was nothing tender in his public comments at the time, to put it mildly.
“Yours forever…” Some people attempt to prolong the famous forever with tales of eternal reunions in the afterlife. The question then becomes: will the lovers thus reunited meet again in their condition when death seized them? In the eternal flowering of their love? On the morning of a memorable argument?
Is there some link with what I’m writing? None, except for the uncertainties of life. The uncertainties which explain the huge success of those novels where, after a number of episodes, the answer appears, preferably in the final sentence. I’ve never managed to write that way.
More gifted for questions than for answers, no doubt.