Fadeur/Blandness

Fadeur –

Le mal fascine. C’est là son mode opératoire et c’est ce dont nous sommes témoins, ces jours-ci. De plus en plus de gens engloutis, liés, enveloppés et plongés dans quelque chose qui en tuera plusieurs. Ceux qui survivront se demanderont comment cela pouvait-il se produire? Comment était-ce possible?

Dans ce contexte, l’absence d’une connection directe à internet en ce moment constitue peut-être un bienfait déguisé. Je me dirige vers le cirque à travers du foin détrempé pour y lire ce qui m’intéresse, faire les recherches qui m’importent, répondre à des messages. Puis je retraverse le foin pour revenir chez moi lire, écrire, manger, aller marcher, écouter des gens, discuter avec eux ou échanger des informations. Un sas permettant d’ échapper  à la spirale de “l’agressivité, ce piteux semblant d’audace” selon les mots d’Henri Michaux.

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Un homme me dit: “Je suis trop vieux pour m’impliquer. J’ai raté ma chance de vivre selon mes convictions. Maintenant, il est trop tard.” Je ne suis pas certaine de comprendre ce qu’il veut dire. Trop vieux pour se lancer, poing levé et scandant des mots d’ordre dans le gaz lacrymogène des manifs? Et alors? Les manifs sont-elles la défense ultime contre un mal bien plus sinistre qui se répand directement sur les écrans privés? Bienvenue à Farenheit 451.

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Quand était-ce donc que j’ai envoyé des copies de lecture de Final Questionà des agents? Je ne me souviens pas. Toujours est-il qu’un agent littéraire se décide finalement à me contacter pour m’exprimer un refus en termes d’une politesse exquise. Je trouve ça plutôt comique puisqu’apparaissaient dans ce roman deux des personnages qui reviennent dans celui que j’écris en ce moment. Une synchronicité amusante.

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Fadeur. Au détour d’une lecture de textes concernant le Yi King, un auteur affirme qu’en Chine ancienne, on considérait la fadeur comme une vertu. La notion m’intrigue. En tant que “vertu”, elle est à l’opposé de ce que le public reçoit au quotidien: les superproductions, les livres qu’on “dévore”, les frissons jusqu’à l’explosion finale.    Ou, dans les livres à connotation plus “littéraires”, des textes décrits comme étant “fulgurants”, “puissants”, ‘à vous retourner l’âme”.

Oui, je peux comprendre que dans cet état d’esprit mon écriture puisse paraître “fade” ou comme l’écrivait l’agent littéraire “pas ce que nous recherchons.”  L’ironie n’est pas de mise. Il faut pousser les gaz vers les confins du sarcasme ou de l’horreur. Désolée, je ne voyage pas dans cette direction en ce moment et on trouve tout ce qu’il faut en la matière dans les actualités. Dommage, tant pis.

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On frappe à ma porte. Un des jeunes qui vient de terminer son quart de nuit à la boulangerie m’apporte deux des pains qu’il a confectionnés.

“Fadeur” – peut-être est-ce là le sens que les anciens donnaient à ce mot en Chine?

Blandness –

There’s a fascination to evil. That’s how it operates and that’s what we’re witnessing right now – more and more people engulfed, entwined, enveloped and dragged down into something that many will die from. Those who will survive will wonder how could it happen? How could it?

In this context, not having a direct connection to internet these days may be a blessing in disguise. I walk across through the rain-soaked hay to the circus, read what I want to read, look up what I told myself I would, answer emails. Then I walk away, back through the hay. Read, write, eat, go walking, listen to live people, discuss or exchange information.   A decompression chamber, in order to escape from the spiral of “aggressivity, that pitiful simulacrum of audacity”, as Henri Michaux called it.

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A man tells me: “I’m too old to get involved. I missed my chance to live according to my convictions. Too late now.” I’m not sure I understand what he means. Too old to go out into the tear gas at demonstrations, his fist raised and chanting slogans?  Yes, so?   Are demonstrations the be-all and end-all  when there is something so much more sinister going on  right on people’s screens. Welcome to Farenheit 451.

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How long ago was it that I sent out queries for Final Question? I forget. At any rate, one of the literary agents I had contacted finally got around to sending me a negative response, couched in all the finest terms imaginable. It just struck me as somewhat funny, since the novel features two of the characters also appearing in the novel I’m working on right now. An amusing synchronicity.

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Blandness (in French fadeur). This is intriguing. According to some of the writings relative to the I Ching, blandness (seen as a virtue) is/was much prised by the Chinese. A virtue at the opposite end of the scale from what the  public gets as regular fare: blockbusters, page-turners, thrills and spills up to the final explosion. Or their equivalent in the more “literary” offerings that must be “searing”, “powerful”, “soul-turning”.

Yes, with that mindset, I suppose my writing comes off as “bland” or, as the agent puts it, “not what we are looking for.”Irony doesn’t cut it. You must ramp up to the upper reaches of sarcasm or horror. Afraid I’m not travelling in that direction, these days, and you can find all of that in the daily news. Too bad, so sad.

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A knock at my door. One of the young men who has just ended his night shift at the bakery, bringing me two loaves of the bread he just baked.

“Blandness” – maybe this is what the ancient Chinese meant by the word.

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