Avenir immédiat/Immediate future

Avenir immédiat –

À l’automne, je cesserai d’être hébergée chez les uns et les autres, et j’aurai à nouveau un espace à moi. D’ici là, débutant dans trois jours, je serai loin de l’Europe. A quel point on sera attentif aux  conséquences pratiques de la débandade de ses leaders politiques depuis le Mexique, je ne sais pas. Et à quel point je reconnaîtrai la France à mon retour, je ne le sais pas non plus. Le visage répugnant qui s’affirme de plus en plus dans les agissements et les déclarations de ces hommes publics validant les courants de pensée des droites extrêmes a de quoi dégoûter. Mais le dégoût n’est pas un programme d’action ou d’écriture.

Heureusement, il y a Kertész dont le Journal de galère* me sert de quille en ce moment. Quelques notes, glanées au hasard:

“Une note en bas de page de Totem et tabou: ‘Or, nous savons que l’échec favorise plus la réaction morale que ne le fait le succès.”

“Le désir de création de K (Kafka) n’est autre que la volonté de recouvrer sa personnalité confisquée par l’histoire. De dominer par l’imagination le monde qui le domine.”

“Les foules ne deviennent pas nazies ou quelque chose de similaire par révolte, mais plutôt par conformisme.”

“Ce n’est peut-être pas le talent qui fait l’écrivain, mais le refus d’accepter la langue et les idées toutes faites.”

Ce refus-là ne vaut pas seulement pour les écrivains. Et comme le chirurgien m’a indiqué que les divers “bidouillages” coronariens qu’on m’a faits devraient tenir entre dix et quinze ans, il y aura du temps pour découvrir d’autres façons d’exprimer ce refus, seule et avec d’autres.

*Imre Kertész, Journal de galère, Actes Sud, 2010

Immediate future –

In the fall, I will stop being a guest in different people’s homes and will have a space of my own again. Until then, starting in three days, I will be far away from Europe. How attentive people will be in Mexico to the rout of European political leaders, I don’t know. And to what degree I will recognize France when I come back, I don’t know either.  The repulsive face emerging more and more from the actions and public pronouncements now validating the most extreme drifts toward the right  is enough to inspire disgust. But disgust is not an action or a writing program.

Luckily, I have Kertész’   Journal de galère* serving as my keel at the moment. A few notes, gathered at random:

“A note at the bottom of a page in  Totem and tabu: ‘For we know that failure is more conducive to moral reaction than is success.’  

“K’s (Kafka) creative longing is nothing other than the will to recover his personality confiscated by history. To dominate through the imagination the world that dominates him.”  

“Crowds don’t become nazis or something similar through rebellion  but rather through conformism.”  

“Perhaps it isn’t talent that makes the writer, but the refusal to accept ready-made language and ideas.”  

Such a refusal is not only valid for writers. And as the surgeon told me the various coronary “tinkerings” performed on me should hold for ten to fifteen years, there will be time to discover further ways in which to express such refusal, both alone and with others.

*Imre Kertész, Journal de galère, Actes Sud, 2010

 

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