Anesthésie/Anesthesia

Anesthésie –

Le crépi s’effondre sur le mur de l’immeuble en diagonale d’où j’habite, révélant les origines médiévales de la ruine, en vente maintenant depuis mil neuf cent tranquille. En transférant la photo prise ce matin de la couleur au noir et blanc, j’ai rigolé: vraiment, la différence était si minime entre les deux…

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Curieux comment les “autorités” se précipitent pour offrir des services psychologiques individualisés aux victimes  d’accidents ou de drames  quelconques. Vous me direz que c’est tant mieux? Bien sûr mais ce qui est curieux, c’est que les  catastrophes et cataclysmes politiques et militaires qui mutilent des milliers/millions de vies dont les effets se propagent au présent, passent comme s’il suffisait de les ignorer (ou de les évoquer avec un soupir et un “quelle honte!”) pour que tout soit dit. Comme si tout avait disparu dans les brumes du passé. Comme si le crépi le recouvrant tiendrait, et qu’on pourrait vivre de déni à tout jamais…

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Oui, je suis en train de relire Vie et destin de Vassili Grossman. Et je me dis qu’il faut bien autre chose qu’un “devoir de mémoire” pour décrypter comment la banalisation des thèses fascistes transforme l’inacceptable en un malaise passager à dissoudre dans des effets anesthésiants d’un plan com’ bien lisse. Allez, les horreurs, c’est bon pour les films, les polars, la télé… et le cours d’histoire pendant lequel tout le monde était occupé à se moquer des lunettes trop moches de la prof.

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Question : “Mais… est-ce qu’il t’arrive de rigoler, Lucie ?”

Réponse : Oh oui. Tous les jours, en fait. Tous. Les. Jours.

Question: “Sans en rater un seul?”

Réponse: Et bien… en ratant le moins de bonnes occasions possibles.

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Anesthesia 

 The roughcast is crumbling off the wall of the building on a diagonal from where I live, revealing the medieval origins of the ruin that’s been on the market now since nineteen hundred and long ago. I had to laugh when I transferred the shot this morning : really, the difference was so slim between the colored one and the black and white…

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Odd how the “authorities” rush to offer individual psychological services  to the victims of accidents or other dramas.   A good thing, you tell me? Of course but, oddly, political and military catastrophes and cataclysms that mutilate thousands/millions of lives and carry forth their effects into the present, go by as if all that was required was to ignore them (or sigh “what a shame”!) for the matter to be settled. As if all that awful stuff had  simply disappeared into the fogs of the past. As if the roughcast over it would hold and we could live in denial forever…

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Yes, I’m re-reading Vassily Grossman’s Life and Fate. And I tell myself  there is need for much more than a “duty to memory” in order to decipher how the trivialization of fascist theories transform the unacceptable into a temporary   discomfort you can dissolve in the anesthesic effects of a smooth communication plan. Come on, horrors are good for films, crime fiction, TV … and history classes during which everybody was busy making fun of the teacher’s really gross glasses.

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Question : “But… Lucie, do you laugh sometimes?”

Answer : Oh yes. Every day, in fact. Every. Day.

Question: “Without fail?”

Answer: Well, I miss as few good opportunities as I can…

 

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