
Autre –
Il y a les mignons et les super-gentils (heureusement d’ailleurs). Il y a aussi les autres: les geignards, les pas très beaux et pas très intelligents non plus.
Il y a la caissière d’une supérette de centre-ville dévastée par les délocalisations. Au lever de la grille le matin, ils sont là à l’attendre. Ils viennent acheter leur premier biberon à 8 ou 9° d’alcool de la journée. Ils prendront leur premier biberon, affalés dans le petit square en face. “Quand Macron parle des fainéants, il n’a pas tort, vous savez”, me lance-t-elle. Je perds un peu de son temps et du mien à dire qu’il y a aussi les fainéants qui engrangent des sommes indécentes pour les “petits services rendus” à leurs richissimes copains. Elle hausse les épaules. Elle le sait mais, ces fainéants-là ne s’agglutinent pas devant son poste de travail comme des mouches et ils doivent sentir le propre, alors, Macron il a bien raison, allez.
*
Ebahissement de découvrir ce matin que je suis – attendez – oui, c’est bien cela: je suis “à la botte des intégristes.” Ça ne peut qu’être vrai puisqu’un hebdo français l’affirme en page couverture. Je suis “à la botte des intégristes”, pourquoi? Parce que je suis une abonnée de Médiapart. Et Médiapart fait le jeu des islamistes. Comment Médiapart fait-il cela? En ne publiant pas les mêmes inepties que Valeurs Actuelles, Le Figaro Mag et Marianne. Ah-lala. Remarquez que pour une illustre inconnue de ma catégorie, je me retrouve en assez bonne compagnie. Edgar Morin en prend aussi une bonne gamelle pour crime de débat d’idées avec Tariq Ramadan dans un livre que j’ai derechef considéré urgent et essentiel de commander*. Ouh, vite, vite, déclenchons le plan vigipirate “alerte au débat d’idées”!
Qu’est-ce que ça sera si, en plus, je me risque à mentionner les Kurdes, et Rojava et le “confédéralisme démocratique”?… Non, trop c’est trop dans la même gamelle. J’en parlerai une autre fois.
*
Et puis, j’ai beau vouloir aborder les grandes notions transformationnelles, par quelque sentier que je les aborde, la vie me ramène toujours à des petits trucs tout bêtes. Par exemple, le graffiti de gamins prisonniers sous les largages de “bombes-baril” de Bachar el-Assad, barils bourrés de TNT et de bouts de métal pour- mieux- te- déchirer-mon-enfant, graffiti qui se lit (en arabe – ouh, ouh! qu’est-ce que je vous ai dit, elle est à la botte de…): “Avant, on blaguait en disant: ‘pourvu que l’école s’effondre’. Et elle s’est effondrée.”**
Je pose le livre en question pour m’occuper du gamin qui n’a pas envie, mais pas envie du tout d’apprendre le calcul, la calligraphie, le vocabulaire ou la grammaire et qui répond à ma demande de la forme négative de la phrase “La voiture roule sur la route“: “La voiture roule lentement sur la route.”
C’est cela oui. Considérant ceux qui zigzaguent vers le biberon de 10h titrant à 8 ou 9°, lentement vaudra mieux pour tout le monde.
*L’urgence et l’essentiel, Éd. Don Quichotte, 2017
Delphine Minoui, Les passeurs de livres de Daraya, Seuil 2017
Other
There’s the cuties and the super-nice (and a good thing too). There’s also the others: the moaners, the not very good-looking and not very smart either.
There’s the cashier in a mini-supermarket in a town devastated by delocalizations. When the gate rolls up in the morning, there they are, waiting to buy their first 8 or 9° beer of the day which they’ll suckle, slouched in the tiny square facing the store.”When Macron talks about loafers, he’s not wrong you know”, she throws out at me. I waste a bit of her time and mine, telling her there are also loafers raking in indecent amounts of money for “small services rendered”to their uber-rich buddies. She shrugs. She knows that but they don’t stick around her work station like flies and besides, they must smell clean, so Macron is right, you know.
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Astonishment this morning in discovering that I am – hold on – yes, that’s what it says: “at the heel of the integrists.” It must be true because it’s on the cover page of a French weekly. Why am I “at the heel of the integrists”? Because I subscribe to Médiapart. And Médiapart serves the interests of the Islamists. How does Médiapart do that? By not publishing the same rubbish as do Valeurs Actuelles, Le Figaro Mag and Marianne. Oy-oy-oy. Mind you for an illustrious unknown in my category, I’m in rather fine company. Edgar Morin gets a good bashing too for the crime of debating ideas – oy, ideas – with Tariq Ramadan in a book I immediately consider urgent and essential to order*. Oy, quick quick, activate the emergency alert against debating ideas!
What will it be if I risk mentioning Kurds and Rojava and “democratic confederalism?”… No, that will all be too much for one serving. I’ll talk about them some other time.
*
Besides, as much as I want to deal with vast transformative notions, no matter which way I approach them, life always brings me back to piddly little stuff. A graffiti, for example, by a bunch of youngsters held prisoner under Bachar el-Assad’s barrel bombs of TNT and flying bits of metal the-better-to-shred-you-to-bits-my-child . Graffiti that says (in Arabic – boo, there what did I tell you, she’s at the heel of …) that says: “We used to joke: if only the school could collapse’. And it collapsed.” **
I put down said book to attend to a kid who has no desire, but none whatsoever, to learn arithmetic, calligraphy, vocabulary or grammar, and who answers my query about the negative form to the sentence: “The car rolls down the street” with: “The car rolls down the street slowly.”
Correct. Slowly is best for everyone, since the gang is now zigzaguing across the street for the ten o’clock feeding with an 8 or 9° alcoholic content.
*L’urgence et l’essentiel, Éd. Don Quichotte, 2017
Delphine Minoui, Les passeurs de livres de Daraya, Seuil 2017