Style

Style –

Le (la?) “campaign team” de Monsieur Macron se serait inspiré(e?) des campagnes présidentielles de Barak Obama, nous dit-on.* (La fine équipe et son patron raffoleraient des anglicismes du milieu des affaires, “trendy” en diable.)

Point d’anglicismes dans les prestations pour le public du président, il va sans dire. Nous sommes dans la représentation. On fait appel à l’histoire, à la philosophie, à la littérature. On élève le discours. Ainsi, dans Le Monde  ce matin, nous apprenons qu’à l’ONU, Emmanuel Macron se serait posé « comme la voix des sans-voix, qu’il a énumérés dans une anaphore : Bana, la petite Syrienne d’Alep ; Ousman, le jeune Malien ; Kouamé, le migrant arrivé en Europe au péril de sa vie. Et tant d’autres. »

Comme je préfère parler de ce que je connais et que la vue depuis ma fenêtre ces jours-ci n’est pas celle de la noble assemblée des grands de ce monde à l’ONU (voir illustration), j’en reviens, sans anaphore, aux sans-voix qui n’ont pas l’honneur de figurer parmi les figures de style du président. Les sans-voix qui sont bel et bien arrivés en Europe au péril de leur vie et que la France traite comme du matériau à  batailles de communiqués et du “quota” à quantifier. Hors des figures de style et des effets de manches pour la galerie,  les personnes réelles – les véritables Bana, Ousman, Kouamé, Salim, Lassana, Sara et j’en passe –  croupissent dans la rue ou voient leur parcours d’intégration bloqué par des directives contradictoires, quand ça n’est pas par la bêtise et la mauvaise foi, tout court.

Hier soir, un jeune – un de plus – a passé la nuit en centre de rétention. Son crime? D’avoir cru au mirage de la France, terre d’accueil. La terreur de la traversée, il l’a vécu “pour de vrai”. L’exil “pas le choix”, pour de vrai aussi. Plusieurs se mobilisent autour de lui. Le résultat? Aussi imprévisible que le prochain rond de jambe du président et de son (sa?) “dream team”.

À l’ONU hier, Donald Trump a débité des horreurs, dans son style à lui. Emmanuel Macron a fait dans le sien – lyrique et passionné, nous dit-on. La belle affaire.

Entretemps, si un jeune ne meurt pas en mer parce que le “pilote” ne connaissait rien ni aux courants, ni aux moteurs, ni à la grande combustibilité du pétrole, il aura “peut-être” la chance de s’accrocher, d’entreprendre des études…puis de se faire jeter en centre de rétention ou de se voir refuser le droit de travailler pour un patron qui ne demande qu’à l’employer.

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Entretemps aussi, au détour d’une petite phrase dans le livre pré-cité, je découvre que le “nouveau président de l’influente commission des affaires économiques de l’Assemblée, l’actuel député des Français d’Amérique du Nord Roland Lescure…était jusqu’en avril premier vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, l’un des plus gros fonds de pension nord-américain. A ce poste, il a régulièrement investi, en tant que responsable des placements, dans des paradis fiscaux comme les îles Vierges, les îles Caïmans ou les Bermudes.”

Évidemment, ça ne fait pas aussi lyrique qu’une évocation de “Bana, la petite Syrienne d’Alep ; Ousman, le jeune Malien ; Kouamé, le migrant arrivé en Europe au péril de sa vie. Et tant d’autres. »

*Mathieu Magnaudeix avec la rédaction de Mediapart Macron & Cie enquête sur le nouveau président de la république, Don Quichotte éditions, éditions du Seuil 2017

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Style 

Monsieur Macron’s “campaign team” is said to have found its inspiration in Barak Obama’s presidential campaigns.   (The finest flour in his team and the boss himself are said to adore English expressions from the world of commerce, finding them “trendy” as hell).

But no such English words in the President’s public performances, it goes without saying. We are here at the level of showmanship.  One evokes history, philosophy, literature. One raises the bar . For instance in this morning’s edition of  Le Monde  we learn that in front of the UN  Emmanuel Macron  claimed to be the “voice of the voiceless he then enumerated in an anaphora: Bana, the little Syrian girl from Aleppo; Ousman, the young boy from Mali; Kouame, the migrant who arrived in Europe at the peril of his life. And so many others.”   

As I prefer speaking of that which I know, and as the view from my window these days is not that of the noble assembly of grandees at the UN (see illustration), I return, anaphora-less, to those voiceless ones who do not have the privilege of an evocation as a figure of speech among other figures of style by the President.  Voiceless ones who indeed arrived in Europe at the peril of their life and that France treats like material for press release battles and “quotas” to be tabulated.  Outside the figures of style and the histrionics for public consumption, real people – the real Bana, Ousman, Kouame, Salim, Lassana, Sara, and so many more – moulder out on the street or see their road to integration blocked by contradictory directives when it isn’t by plain stupidity and bad faith.

Last night, a young man – one more among the many – spent the night in a retention center. His crime? To have believed in the mirage of France, the land of welcome.   The terror of the crossing, he experienced “for real”. Exile because of “no other choice”, for real also. Several people are mobilizing around him. For what result? As unpredictable as the next dance figure by the President and his “dream team”.

Yesterday at the UN,  Donald Trump blathered horrors; that’s his style.  Emmanuel Macron opted for his own – lyrical and passionate, we are told. How lovely.

In the meantime, if a young person does not die on the sea because the “pilot” knew nothing about currents, or motors, or the great flameability of the petrol, he may have the “chance” to hang on, begin his studies … then get thrown into a retention center, or see his work permit denied even when he’s found a boss anxious to hire him.

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In the meantime also, I discover in the book mentioned above* that the   “new President of the National Assembly’s influential Economic Affairs Commission, the current deputy representing the French of North America, Roland Lescure… was until April first Vice-President of  la Caisse de dépôt et placement du Québec, one of the largest pension funds in North America. Among his responsibilities, he regularly invested in fiscal havens such as the Virgin Islands, the Cayman Islands or Bermuda.”  

Of course, that’s not as lyrical as evocations of ” Bana, the little Syrian girl from Aleppo; Ousman, the young boy from Mali; Kouame, the migrant who arrived in Europe at the peril of his life. And so many others.”   

*Mathieu Magnaudeix avec la rédaction de Mediapart Macron & Cie enquête sur le nouveau président de la république, Don Quichotte éditions, éditions du Seuil 2017

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