Prospection

L’autre jour, une femme que je considère comme une amie, et dont la vie compte une trentaine d’années de moins au compteur que la mienne, a dit: “Il vient un âge où l’on se dit que si nos parents avaient pu nous offrir pendant l’enfance ce dont on se plaint de manquer…ils l’auraient fait. À partir de ce moment, on devient adulte. On les apprécie pour ce qu’ils nous ont donné et on se débrouille pour le reste.”

J’étais plutôt d’accord avec elle. (En fait, je partage tout à fait son point de vue.)

Presque dans la foulée, je suis tombée sur deux articles dans The New York Times – l’un concernant Trump (évidemment) et réhabilitant les enfants de 4 ans auxquels les commentateurs ont tendance à le comparer. La réhabilitation est tout à l’avantage des enfants, on l’aura compris. Contrairement à Mr. Trump, la plupart des enfants de 4 ans ont un amour de la vérité, une curiosité insatiable, une grande capacité de concentration sur les événements qui les intéressent (ce qui, dans le cas de Mr. Trump se limite à sa propre personne), acceptent la remise en cause de leurs opinions, savent faire la distinction entre l’imaginaire et la réalité. Ils sont très conscients de notions telles que le bien et le mal, et ils font preuve de compassion envers les autres.

Le second article est par le psychologue américain Martin Seligman. Dans We Aren’t Built to Live in the Moment (Nous ne sommes pas conçus pour vivre dans le moment), il soumet que Homo sapiens devrait plutôt s’appeler Homo prospectus puisque la plupart des ressources de notre large cerveau sont consacrée à tirer parti de connaissances et des réactions émotionnelles antérieures (les nôtres et celles des autres) afin d’anticiper des événements à venir et leurs résultats.

Pour une raison quelconque cela m’a fait penser à une entrevue menée par Eleanor Wachtel dans les années 90 avec Jane Jacob “la guru des villes – en partie analyste, en partie activiste, en partie prophète.”* Lors de cette entrevue, Jane Jacob s’est remémorée une déambulation avec un urbaniste dans la ville de Philadelphie. Tout d’abord, l’homme la conduisit sur une rue animée où des gens étaient assis sur les pas de portes ou s’interpellaient à travers les fenêtres ouvertes. Puis, il l’amena voir l’objet de toute sa fierté – une section du quartier aux rues bien droites et aux blocs d’habitation stériles et clos. Elle n’y vit qu’un seul petit garçon qui y traînait et y passait son ennui…en poussant une roue de voiture dans le caniveau à coups de pied.

Comme tous les processus humains, dit-elle dans cette entrevue, les villes se construisent comme le langage, par modifications et itérations imprévues, en s’infléchissant et se renouvelant de façon inattendue.Pour s’en convaincre, il suffit de voir les raccourcis que les passants inventent à travers les pelouses quand l’urbaniste tente de leur imposer des transitions à angle droit…

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Prospection

 

The other day a woman I consider as a friend – and who counts some thirty years less than mine on the lifespan odometer – said: “There comes an age when we tell ourselves that had our parents been able to provide us during our childhood with those things we complain about lacking…they would have done so. That’s the moment when we become adults. We appreciate them for what they gave us, and manage the rest on our own.”

I was rather in agreement with her. (In fact, I share her point of view completely.)

Almost in step with this conversation, I came across two articles in The New York Times – the first about Trump (of course) and providing a rehabilitation of four-year olds to which Mr Trump is often compared by commentators. The rehabilitation is all to the advantage of the four year olds, as you can well imagine. Contrary to Mr. Trump, most four year old children demonstrates a love of truth, an insatiable curiosity, a strong capacity for concentration on events that interest them (in Mr. Trump’s case, that would be limited to his own person), accept to revise their opinions and can distinguish between fantasy and reality. They are very conscious of notions such as right and wrong, and show compassion for others.

The second article is by psychologist Martin Seligman. In We Aren’t Built to Live in the Moment, he argues that Homo sapiens should really be called Homo prospectus since most of our large brain capacity is taken up with using previous knowledge and emotional reactions (our own and those of others) to anticipate future behaviors and their outcomes.

For some reason, this tied in for me with an interview conducted in the nineties by Eleanor Wachtel on Jane Jacobs, known as “the guru of cities…part analyst, part activist, part prophet.”* In this interview, Jane Jacobs recalled a walk through a town with a city planner in Philadelphia. First, the man took her down a lively street where people sat out on the stoops, leaning out windows, talking to one another. Then, he led her toward his pride and joy – a grid of parallel streets in a closed and sterile housing project where she saw only one bored little boy…kicking a tire into the gutter.

As with all human processes, she says in this interview, towns build up the way language does, through modifications and novel iterations, bending and renewing in unexpected ways. Humans provide a perfect illustration of this, every time they invent pathways across neat lawns, when urban planners attempt to impose straight-angled transitions…

*Eleanor Wachtel Original Minds, Harper Perennial Canada, 2003

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