La photo date d’il y a six ans. C’était ce qu’on appelle “une vitrine éphémère” – une parmi toute une série dans un coeur de ville rempli de commerces fermés et de vitrines fracassées ou barricadées. Les anciens se souviennent d’une belle époque (révolue, c’est le propre des “belles époques”), les plus jeunes ou les nouveaux arrivants ne prêtent pas trop attention à ce qui les entourent. Pour eux, c’est comme ça et c’est tout.
Pendant que j’écris ceci, un très quelconque cirque ambulant fait sa réclame par mégaphone à travers les rues plutôt désertes. Pour mon plaisir, je commence à traduire en anglais l’excellente entrevue du philosophe et sociologue Edgar Morin publiée par Ballast.Puis, en attendant une éventuelle entrée de sous, j’écoute avec délice l’extrait sonore d’Eugène Onéguine publié aux éditions Thélème pour le plaisir du phrasé et des intonations de Daredjan Markowicz – le russe tel que j’aimerais l’écouter pendant des heures.
Ici, ailleurs, là-bas, les nationalistes de tous crins s’agitent, tempêtent, lancent leurs tombereaux de mensonges et d’anathèmes sur “les masses”. Bruit, fureur, désolation sont les aliments de prédilection des nationalistes…en public, du moins.
Dans un frigo presque vide (fin de mois oblige) qu’est-ce que je découvre: une bouteille oubliée de jus de pomme dit “bio” (fait à partir de bonne vieilles pommes, quoi). Le jus en question s’est transformé en un cidre léger et pétillant. Chouette, justement, il ne me restait pas de quoi m’acheter un peu de vin.
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Ephemeris
The photo dates back six years. What was known as an “ephemeral storefront” – one among a series in the heart of a downtown filled with closed shops, and smashed or barricaded windows. The old-timers recall the “good times” (bygone, as befits “good times”), the younger ones and the newcomers don’t pay close attention to their environment. For them, this is how things are, and that’s all there is to it.
While I write this, a very ordinary travelling circus trumpets its arrival through fairly deserted streets. For my own enjoyment, I start translating into English an excellent interview of the French philosopher and sociologist Edgar Morin published by Ballast (available here in French). While awaiting a fresh influx of funds, I then listen with delight to an excerpt of a recording of Eugene Oneguin published by les éditions Thélème – for the pleasure of Daredjan Markowicz’ phrasing and intonations – the kind of Russian I would like to listen to for hours.
Here, elsewhere, over there, nationalists of all ilks agitate, storm, release tumbrils of lies and excommunications on “the masses”. Noise, furor and desolation are the nationalists’ favorite foods… at least, in public.
Meanwhile, in an almost bare fridge (end of the month time) what do I discover: a forgotten bottle of “organic” apple juice (in other words, juice from plain old untreated apples). Said juice has transformed into a light and fizzy cider. Great, I didn’t have enough to buy myself a bit of wine.