Triste à dire mais il faut perdre beaucoup avant que certains mots nous touchent vraiment. Ceux-ci, par exemple :
Redonnez-leur…
Redonnez-leur ce qui n’est plus présent en eux,
Ils reverront le grain de la moisson s’enfermer dans
l’épi et s’agiter sur l’herbe.
Apprenez-leur, de la chute à l’essor, les douze mois de leur visage,
Ils chériront le vide de leur coeur jusqu’au désir suivant ;
Car rien ne fait naufrage ou ne se plaît aux cendres ;
Et qui sait voir la terre aboutir à des fruits,
Point ne l’émeut l’échec quoiqu’il ait tout perdu.
René Char
dans Fureur et mystère, nrf Poésie/Gallimard 1962