“Sésame, ouvre-toi!”

Quelques minutes après la fin de ma première séance avec le grand frère, le petit frère m’aborde. “Madame, est-ce qu’il faut avoir des gros problèmes de comportement pour avoir le droit de vous voir?” Je lui dis que son frère n’a pas de “problèmes de comportement”, ni gros ni petits, et qu’il vient me voir pour être plus fort en français et en maths. (“Évidemment, s’il est complètement nul en calcul et en orthographe, ça aide aussi,” me souffle une instit – ce en quoi elle n’a pas tort).

En tout cas, dans cette école comme dans bien d’autres, “la chance” d’être sorti du groupe pour une séance d’apprentissage en individuel a la cote. Ce qu’ils en retireront à long terme, je ne sais pas. “La chance” n’est pas distribuée en part égale et parfois, les inégalités sont tellement criantes que ça donne envie de hurler. La gentille dame qui demande sur le marché ce qu’on trame pour le Réveillon quand on vient de parler avec des gens dont on sait qu’ils attendent la fin du marché pour ramasser quelques fruits et légumes égarés, ça coince le sourire.

Sésame, Sésame, c’est pour bientôt l’ouverture ?

***

Je parle de Sésame parce que j’ai fait lire un tout petit texte au grand frère que je voyais pour la première fois. Vous aurez compris qu’il y était question d’Ali Baba et de ses quarante voleurs. Le garçon s’en est tiré de façon honorable et m’a tout de suite demandé s’il pouvait me dessiner le tout. (Le tout consistait d’une toute petite illustration d’Ali Baba grimpé dans un buisson.)

Qu’à cela ne tienne. Il m’a dessiné la scène au complet, avec l’arrivée des voleurs, l’ouverture de la montagne, un feu de camp, des tapis, des coffres pleins de bijoux. Ali Baba dans son arbre, bien sûr, mais aussi un bateau sur la mer, attendant le retour de l’expédition. Le tout avec force détails et en s’excusant de ne pas dessiner tous les voleurs parce qu’il n’en avait pas le temps.

Je crois qu’on va bien s’entendre, tous les deux. De son petit frère, il m’a dit qu’il aimait bien jouer avec lui, parce que le petit le fait rire.

Du coup, je me demande comment je peux avoir des problèmes de comportement rendant obligatoire des séances avec le petit frère.  Moi qui aime bien rire, je cours un peu les occasions, ces jours-ci.

Allez. Vous avez signé déjà? Pour que le Sésame il s’ouvre pour Asli Erdogan, pour Necmiye Alpay – et pour les autres aussi? Qu’elles retrouvent l’air libre, le soleil, le Bosphore, qu’elles respirent,  qu’elles retrouvent leurs amis, qu’elles pleurent, qu’elles rient, qu’elles crient, qu’elles hurlent, qu’elles respirent.

Sésame, Sésame… allez, encore un effort. (La pensée magique, ça fonctionne mieux quand on lui donne un sérieux coup de pouce. Par exemple, pour la fête avant les vacances.”Tu viendras,” me demande le grand frère. “Ils déguisent le monsieur de la cafétéria en Père Noël et on rigole bien.”)

Ma foi…

 

 

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