En lisant “Neige” d’Orhan Pamuk

En lisant “Neige” d’Orhan Pamuk :

“Il fixa du regard le ciel qui, à la nuit tombante, paraissait plus lumineux que la terre et se mit à contempler les flocons de neige de plus en plus tournoyant dans le vent, non comme les indices d’une catastrophe imminente, mais comme les résidus d’un bonheur d’enfance et les signes d’une innocence enfin de retour.”*

Évidemment, il n’en sera rien. L’image n’en est que plus poignante. Ka, le narrateur de Neige visite la ville turque de Kars, près de la frontière arménienne. Il vient enquêter sur les prochaines élections et une épidémie de suicides chez les jeunes filles portant le foulard. Il a une carte de presse du journal Cumhuriyet. Le roman fut publié en 2002 (2005 pour la traduction française). Nous savons dorénavant que le rédacteur en chef et 16 des journalistes de Cumhuriyet ont été arrêtés après le…comment décrire un “coup d’état avorté qui sert tous les intérêts d’un pouvoir s’installant dans la dictature”?

Bref,  en lisant “Neige” d’Orhan Pamuk, je regarde défiler un paysage qui mène vers aujourd’hui. Un paysage dans lequel la neige enveloppe et assourdit les pas, les coups et les cris. Ils n’en sont pas moins présents pour autant.

*Orhan Pamuk, Neige, traduit du turc par Jean-François Pérouse, collection Folio, Gallimard 2005

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