Libérer Asli Erdogan, libérer la parole.
“Nous avons tous vu un ange. En divers temps, divers lieux, sur les toits battus par le vent, dans des salles vides et froides, dans des couloirs déserts… À la fenêtre d’une mansarde, en parlant aux étoiles qui passent… Parmi les pierres, dépouillé de son nom, de son destin, des voies célestes, quelconque, nu, en attente, désemparé. Dans les abîmes, franchissant tout seul, avec un rire amer, le seuil de l’éternité… Nous l’avons vu aux heures rouges comme l’aurore, comme le sang, comme le feu, dans une lumière d’or massif, dans l’éclat fluorescent, aveuglant, d’une ampoule nue, dans les ténèbres opaques… Il apparaissait et disparaissait tout à tour, voletant aux confins incertains du visible. L’un n’a remarqué que ses cheveux en désordre semblables à la crinière d’un lion, l’autre a vu seulement ses yeux brillants comme deux étoiles mouillées dans son visage défait. Nul d’entre nous n’a pu le regarder longtemps. Peut-être avons-nous seulement discerné un trait de lumière palpitante ou senti une brise légère , vivante, chargée de printemps et du parfum des lilas. Mais il n’en fallait pas plus. Un léger battement d’ailes, une chansonnette, l’éclosion spontanée d’un instant, quelques gouttes de pluie. Il nous a entendus, il est promptement descendu des hauteurs célestes, les bras chargés, les poches pleines de lettres saupoudrées de poussière d’étoiles, de bonnes nouvelles, de promesses, de mélodies… A l’un il a rendu son enfance, à l’autre il a apporté une invitation à l’éternité… À l’un l’odeur des pins, à l’autre leur murmure…”
Asli Erdogan, Le bâtiment de pierre, récit traduit du turc par Jean Descat, Actes Sud 2013
Libérer Asli Erdogan. Libérer la parole.
#FREEASLI